Fred Eerdekens, WORDS : treize mots pour une écriture sans encre* • Opera Gallery Genève • Du 9 au 30 octobre 2026 • 👁️ L'œil écoute • @ainsiparlaitlart_gerardpocquet
Fred Eerdekens, WORDS : treize mots pour une écriture sans encre
Un mot à la fois. C'est la règle du premier chapitre du catalogue, que la galerie intitule WORDS : treize mots, pas un de plus, chacun posé comme une pierre sur la page blanche. Cloud, Reveal, Because, Prose, Quiet, Time, Air, Open, Chant, Water colour, Idle, Model, Shore. Nuage, révéler, parce que, prose, calme, temps, air, ouvert, chant, aquarelle, oisif, modèle, rivage. Rien n'est écrit à l'encre, tout est ruban de métal, et pourtant chaque mot se lit.
Le métal avant le mot
L'œil touche d'abord la matière. Les rubans d'acier Corten de Cloud, ce « nuage » qui n'a rien de léger, se couvrent de cette rouille que le temps lui-même a posée. Dans la version de 2022 (78 × 255 × 190 cm), les boucles se redoublent sur le sol poli, comme si chaque lettre avait son reflet. Les cuivres traités de Chant, Idle, Model et Shore, de 2023, vont du brun sourd à l'orangé des feuilles d'automne, la patine marquant ce que le geste a plié, tordu, courbé. Et dans Water colour, « aquarelle », le cuivre s'est teinté de turquoise et de vert-de-gris : un métal qui imite la transparence de l'eau, en deux morceaux, l'un pour water, l'autre pour colour.
Tourner autour
Puis le corps entre en jeu. Le catalogue prend soin de montrer certaines pièces de côté; ces images sont la leçon de l'exposition. Cloud (big), vu de profil dans l'herbe, n'est plus qu'une suite d'arcs et de boucles où rien n'évoque un mot. Chant, vu de côté, devient un enchevêtrement de cercles concentriques, tout en spirales serrées. Open, vu de côté, montre un grand cercle de cuivre, des plis, des boucles, et aucune lettre. Le mot n'est pas là, il est ici, depuis un point précis que le visiteur doit chercher en marchant. C'est ce que dit le texte de présentation : de la plupart des angles, ce sont des constructions dans l'espace ; d'un seul point, tout s'aligne ; un pas de plus, et la clarté s'efface.
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| Open, side view |
Lire l' ombre
Alors seulement l'œil lit. Reveal, suspendu à des fils presque invisibles, jette sur le mur gris une cursive noire d'une netteté parfaite. Prose, en nickel noir, projette un mot plus doux, gris perle, d'une écriture ronde et tranquille. Dans Time, la barre de la lettre T monte comme un gnomon, haute et noire, tandis que le cuivre, au-dessus, se tord dans sa propre énigme. Air laisse son ombre bleutée et floue, comme si le mot se dissolvait dans ce qu'il nomme. Et Open, d'un trait noir, descend sa lettre p sous la ligne, comme une main qui s'ouvre vers le bas.
Dans tous ces cas, c'est l'ombre qui sait écrire; le métal sait se taire. Elles forment ensemble ce que la galerie nomme une seule existence : l'un des deux éléments est tangible, l'autre fugace.
Treize mots, une phrase qui se cherche
Lus à la suite, ces treize mots forment un paysage. Un nuage, de l'air, un rivage ; un chant, un calme ; du temps, un modèle, un être oisif ; une prose, une aquarelle ; pour finir, une question se dérobe : Because, « parce que ». Une réponse sans question. C'est peut-être le mot le plus Eerdekens de tous : il ne délivre rien, il appelle. C'est ce qu'il dit lui-même, dans l'entretien de 2024 : il ne veut délivrer aucun message, seulement parler de ce qu'il pense et de ce qu'il ressent, de ce qui manque, de ce qui n'est pas là.
Quiet
Le dernier mot est celui qu'il faut garder pour la fin. Quiet, en cuivre, 2022 : au-dessus, l'enchevêtrement de rubans brillants, doré dans la lumière, qui ne dit rien et semble s'agiter ; au-dessous, l'ombre, nette, haute, calme, avec sa longue barre verticale qui descend comme un fil à plomb. Le métal remue, l'ombre se pose. Le mot quiet n'est pas un son, c'est un état que le regard peut apprendre. On sort de ces treize mots comme on quitte une pièce où quelqu'un a parlé très bas : plus attentif, et un peu plus silencieux.
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https://ainsiparlaitlart.blogspot.com/2026/10/fred-eerdekens-lhomme-qui-laisse-lombre.html
Fred Eerdekens — WORDS Opera Gallery Genève, Place de Longemalle 10-12, 1204 Genève Du 9 au 30 octobre 2026 Crédits photographiques du catalogue : Johan Jozef Wetzels, Boumediene Belbachir, Studio SLB
*« Fred Eerdekens », Opera Gallery Genève, du 9 au 30 octobre 2026, à partir du premier segment du catalogue, intitulé WORDS. Écrit à partir du catalogue, du texte de la galerie et d'un entretien de 2024, sans avoir vu l'exposition.
Jordan Lahmi Director • Opera Gallery Geneva
Gilles Dyan •Founder and Chairman Opera Gallery Group
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Traduction Anglais / Français Google Traduction @ainsiparlaitlart_gerardpocquet
Source, capture d'écran et remerciements : operagallery.com geneve@operagallery.com









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