Fred Eerdekens : l'homme qui laisse l'ombre écrire • Opera Gallery Genève • Du 9 au 30 octobre 2026 • 👁️ L’œil écoute, Ainsi Parlait l'Art. @ainsiparlaitlart_gerardpocquet


 

Fred Eerdekens : l'homme qui laisse l'ombre écrire

« Fred Eerdekens », Opera Gallery Genève, du 9 au 30 octobre 2026. Ce post est consacré à l'artiste et à trois de ses portraits. Écrit à partir du catalogue de l'exposition, de la biographie de la galerie et d'un entretien filmé (Opera Gallery Paris, 7 mars 2024), sans avoir vu l'exposition.

Trois photographies, un même homme, trois échelles. Sur la première, il se tient de profil, les mains dans les poches, le regard porté très loin, derrière lui, des rubans d'acier courent au sol et dessinent une écriture géante qui se perd dans la profondeur de la salle. Sur la deuxième, en chemise blanche et foulard noir semé de petits points de couleur, il lève la main vers un ruban de cuivre enroulé en spirales, son ombre, bras tendu, vient mêler sa main à celle du métal. Sur la troisième, il est debout près d'une boucle d'acier qui le dépasse de très haut, comme un homme au pied d'une vague arrêtée. Avant de parler de sa vie, regardons ces trois façons d'être au monde : celui qui touche, celui qui traverse, celui qui se tient en retrait.

La main qui touche avant de lire

Il faut commencer par la deuxième image; c'est la main qui parle d'abord. Eerdekens ne tient pas le cuivre, il le frôle, comme on vérifie qu'une chose existe avant qu'elle ne projette sa part d'ombre. Sur le mur, trois mains se répondent : la sienne, celle de son ombre, et les boucles du ruban dont l'ombre dessine, à droite, la fin d'un mot en cursive. Ce geste ressemble à l'origine de toute son œuvre, qu'il a lui-même racontée : en découpant une feuille de métal très fine, il a vu que les chutes ne tombent pas en ligne droite mais s'enroulent d'elles-mêmes. Un jour, le soleil est entré dans son atelier, et l'ombre de ces spirales l'a frappé. Rien de prémédité : un accident accueilli. Le cuivre, dit-il, se plie, se courbe, se tord dans presque n'importe quelle direction. On comprend que la main soit le premier organe de cette œuvre.


Fred Eerdekens, chemise blanche et foulard à pois, la main tendue vers un ruban de cuivre ; son ombre se mêle à celle de la sculpture]

Le corps devant l'acier

Sur les deux autres photographies, le corps change de rôle. L'homme est petit, presque modeste, devant ces rubans d'acier Corten que le soleil a patinés de roux. On ne regarde plus l'écriture, on la traverse. Le texte de présentation de la galerie le rappelle : de la plupart des angles, ces sculptures restent des constructions dans l'espace ; c'est depuis un point précis que leurs éléments s'alignent et livrent le mot. Il suffit de s'éloigner pour que cette clarté disparaisse. Devant de telles œuvres, le corps du visiteur est donc convoqué : il doit marcher, se déplacer, chercher l'endroit où le sens se laisse trouver. L'artiste, immobile sur ces portraits, semble avoir déjà parcouru ce chemin et nous attendre au bon endroit.

Fred Eerdekens debout près d'une boucle monumentale d'acier Corten

Lire un parcours

Fred Eerdekens est né en 1951 à Heusden-Zolder, en Belgique. Il a étudié la sculpture et les arts graphiques à l'Institut supérieur provincial d'art et d'architecture de Hasselt, ville où il vit et travaille toujours. Depuis la fin des années 1980, il a forgé un langage sculptural singulier où des mots et des phrases surgissent de formes soigneusement construites, le plus souvent par l'ombre projetée ou depuis un point de vue précis. Le déclic date de 1987, quand l'ombre d'un fragment de métal tordu a formé, contre toute attente, une lettre.

Le parcours est long et se lit dans les cartels. Ses expositions personnelles commencent à Anvers en 1984, puis passent par New York en 1986, le Musée d'Art Moderne de Bruxelles en 1988, la Stux Gallery de New York en 1990, le MuHKA d'Anvers en 2002 pour « The Retina Diamond », le musée d'art de Sharjah en 2014. Son travail a figuré dans des expositions collectives au Stedelijk Museum d'Amsterdam, à The Courtauld Institute of Art de Londres, au Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg et au Museo Nacional de Bellas Artes de La Havane. Il appartient à des collections publiques comme la Banque nationale de Belgique, le MuHKA, le SMAK de Gand ou le FRAC Languedoc-Roussillon.

En 2024, à l'occasion du centenaire de la bague Trinity de Cartier, il a créé des œuvres pour les boutiques et les vitrines de la maison dans le monde entier, et Opera Gallery Paris a présenté quinze pièces nouvelles. Genève est sa deuxième exposition personnelle chez Opera Gallery, après « Allusions » en 2018, avec une vingtaine d'œuvres couvrant différentes périodes de sa pratique.

Ce qu'il ne veut pas dire

Dans l'entretien de 2024, Eerdekens dit quelque chose de précieux pour qui regarde son travail : « Je ne veux délivrer aucun message ». Il parle de ce qu'il pense et de ce qu'il ressent, presque comme un poète, à partir de petites idées qui le frappent dans la vie quotidienne. Les phrases qu'il écrit lui-même ne sont donc pas des slogans, elles sont des points de départ, leur sens reste mouvant. Quant à la taille de ses petites pièces, elle tient à celle d'un texte écrit : nous écrivons par de petits mouvements, lui les agrandit jusqu'à les rendre sculpturaux.

Il y a cette constante, qu'il nomme sans détour après toutes ces années : ce qui nous manque, ce qui n'est pas là, ce que nous désirons, ce dont nous avons la nostalgie. Son œuvre est, dit la galerie, un récit d'absences.

Le silence que l'ombre garde

Reste la photographie de la main. Sur le mur, l'ombre de la main d'Eerdekens se détache un peu plus bas que sa main de chair, à l'écart du ruban. On a envie de croire que c'est là le vrai portrait de l'artiste : un homme qui prépare patiemment un endroit où quelque chose d'absent pourra apparaître, puis qui s'écarte, pour que l'ombre, seule, finisse la phrase. L'œuvre commence par un objet, écrit la galerie ; ce qui suit dépend de la manière dont on regarde. Et peut-être, ajouterions-nous, de la manière dont on écoute ce qui manque.

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Fred Eerdekens Opera Gallery Genève, Place de Longemalle 10-12, 1204 Genève Du 9 au 30 octobre 2026 Crédits photographiques du catalogue : Johan Jozef Wetzels, Boumediene Belbachir, Studio SLB


Jordan Lahmi Director • Opera Gallery Geneva

Gilles Dyan •Founder and Chairman Opera Gallery Group

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Traduction Anglais / Français Google Traduction @ainsiparlaitlart_gerardpocquet

Source, capture d'écran et remerciements : operagallery.com geneve@operagallery.com


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