Thaddaeus Ropac • Günther Uecker • Verletztes Feld (« Champ blessé ») • Du 30 septembre au 31 octobre 2026 • Press Release Thaddaeus Ropac, Paris Marais
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| Œuvres de Günther Uecker et photographies de Rolf Schröter : courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Marais. Capture d'écran, site de la galerie Thaddaeus Ropac. |
Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Marais
7 rue Debelleyme, 75003 Paris
Du 30 septembre au 31 octobre 2026
« Au commencement était le clou, qui me paraissait l'objet idéal pour modeler la lumière et l'ombre, pour rendre le temps visible. »
— Günther Uecker
Verletztes Feld (« Champ blessé ») présente, à la galerie Thaddaeus Ropac Paris Marais, le tableau éponyme de 1981 de l'artiste allemand Günther Uecker (1930-2025), réalisé avec son médium emblématique : les clous. L'œuvre est fendue à la hache, ce qui constitue la plus ancienne occurrence connue de ce geste fondateur dans l'œuvre d'Uecker. Une série de 22 photographies peintes l'accompagne, fruit de la collaboration entre les images du photographe suisse Rolf Schröter et les coups de pinceau d'Uecker, et retrace la réalisation de Verletztes Feld.
La surface de Verletztes Feld (1981) est un lit dense et irrégulier de clous. Lorsque la lumière se déplace, les aspérités métalliques projettent sur elle des ombres changeantes, à la manière d'un cadran solaire : elles ne mesurent pas seulement la lumière et la forme, mais rendent aussi visible le passage du temps. Cette impression de mutation et de mouvement prolonge les œuvres réalisées pendant son engagement dans le groupe ZERO, de 1960 à 1967. Comme l'artiste l'expliquait : « ce qui m'importe, c'est la variabilité, capable de nous révéler la beauté du mouvement. » Débordant de la toile, les clous franchissent la frontière de la bidimensionnalité et pénètrent dans l'espace du spectateur. « Un aspect particulièrement caractéristique de ces clous, explique Kazuhiro Yamamoto, tient au fait qu'ils s'adressent à notre sens de l'orientation ; autrement dit, ils pointent de l'artiste vers le monde, ou de l'œuvre elle-même vers le spectateur » : ils renversent ainsi l'échange directionnel entre les deux protagonistes.
Chaque clou est planté dans une toile tendue sur un panneau de bois, qu'Uecker a peint à mains nues. En contournant les zones destinées à recevoir les clous, il a tracé des « tourbillons et des spirales » de la paume et des doigts dans la peinture blanche. Cette couleur ascétique est à l'image de l'état psychologique de l'artiste au travail : libéré de toute pensée consciente, son corps devient le conduit d'une communication directe avec son médium. Le blanc est pureté ; onguent d'une plaie ; « quintessence de la lumière » et « triomphe sur les ténèbres ». En fendant l'œuvre à la hache selon son axe vertical, Uecker compose une image qui évoque à la fois le geste fontanien* et le dos d'un livre ouvert. Verletztes Feld représente la première occurrence documentée de ce motif fondateur dans l'œuvre de l'artiste. La déchirure reste ouverte : à la fois lacération et lieu de guérison par où la lumière pourrait s'infiltrer, sombre et pourtant méditative. L'acte est de destruction, mais aussi, par essence, de création ou de genèse.
Comme le disait Uecker : « les montagnes et l'enfantement sont eux aussi immenses. Sans violence, nous ne pourrions pas nous mettre au monde. »
« Bien peu d'artistes ont reflété les enjeux de leur époque avec autant de constance, des débuts jusqu'à aujourd'hui, que Günther Uecker », écrit le commissaire Alexander Tolnay. Profondément lié au monde, Uecker exprime, dans les années 1980, la menace croissante que l'homme fait peser sur l'environnement comme sur l'humanité elle-même, par des interventions artistiques de plus en plus irrégulières et ravagées, qui témoignent d'une intensité nouvelle de l'émotion.
Comme l'écrit Jacob Uecker, le fils de l'artiste : « Uecker utilise son propre corps comme médium pour appliquer la peinture sur la toile. Ses mains franchissent les limites du plan du tableau, le transcendent. Un portrait de l'artiste travaillé aux clous, tandis qu'un gouffre déchire la toile. La hache crée une plaie qu'il apaise avec de la peinture blanche. La mise en danger de l'homme par l'homme. Un thème universel, une expérience humaine partagée. Il inscrit les œuvres dans un processus continu de violation et de connexion. Cette performance rituelle, instantané de l'artiste, se veut un point de départ pour l'expérience sensorielle de l'être et de l'existence par le spectateur. »
Le tableau est accompagné d'une série de 22 photographies peintes, fruit d'une collaboration entre Uecker et Rolf Schröter, qui retracent la réalisation de Verletztes Feld. Prises par Schröter dans l'atelier d'Uecker, ces photographies forment une documentation chronologique de son processus chorégraphique, voire rituel. Uecker a repeint ou perforé chaque tirage, le rendant unique. Habituellement réunies dans un coffret en bois, dont le couvercle est lui-même un relief de clous plus petit, elles sont présentées à la galerie Thaddaeus Ropac Paris Marais aux côtés de Verletztes Feld, seul tableau connu de l'artiste à bénéficier d'une œuvre de ce type consacrée à son processus de création. Présentées avec lui, les photographies deviennent un prolongement de la peinture.
En remplaçant le pinceau traditionnel par de multiples approches directes de la toile, de l'assaut de gestes véhéments aux clous ou à la hache jusqu'à la caresse de ses propres mains enduites de peinture, Uecker redéfinit non seulement l'œuvre, mais l'acte même de créer. Selon ses mots : « Les émotions se transforment en gestes, en actions artistiques : elles deviennent visibles et forment un champ, comme une terre cultivée, labourée et sillonnée, clouée, plantée. » Pour Uecker, l'œuvre et l'acte incarné de sa création, dont les photographies témoignent, sont inséparables, et il considérait ses tableaux comme « une concentration poétique de moi-même ». Le « champ blessé » de clous d'Uecker, luxuriant de récolte et pourtant assombri d'ombres, est une métaphore du corps comme du monde que nous habitons.
*Le geste fontanien désigne l'acte artistique novateur et caractéristique de l'artiste italo-argentin— ✦ —
Source et remerciements
Texte de présentation : © Galerie Thaddaeus Ropac, traduit de l'anglais par Ainsi Parlait l'Art.
Source : ropac.net/exhibitions/814-gunther-uecker-verletztes-feld
Œuvres de Günther Uecker et photographies de Rolf Schröter : courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Marais.
Merci à la galerie Thaddaeus Ropac pour la diffusion de ces informations.
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Günther Uecker, Verletztes Feld
Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Marais, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris
Du 30 septembre au 31 octobre 2026
L'œil écoute.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.
Thaddaeus Ropac • Günther Uecker • Verletztes Feld (« Champ blessé ») • Du 30 septembre au 31 octobre 2026 • Press Release Thaddaeus Ropac, Paris Marais


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