Jean-Pierre Como & Javier Girotto • Parfum d'Azur • Quand le souffle rencontre la résonance • Salle Cortot · Paris · 3 juin 2026 • L'affiche a parlé · Gérard l'a vu · L'Œil écoute, Ainsi parlait l'art

Jean-Pierre Como

& Javier Girotto
Parfum d'Azur

Quand le souffle rencontre la résonance
Salle Cortot · Paris · 3 juin 2026

Le Steinway & Sons est ouvert, couvercle levé, cordes à nu. À droite, sur un pupitre, les instruments de Javier Girotto reposent dans le silence. Personne encore. Il y a dans une salle de concert vide quelque chose d'un tableau avant la première touche. Une promesse suspendue.
La Salle Cortot

Auguste Perret, en 1928, hérite d'un terrain impossible rue Cardinet : neuf mètres de façade, vingt-neuf de profondeur. Il place la scène perpendiculairement à la rue, et recouvre les murs de fines plaques de contreplaqué en okoumé, ce bois africain clair et chaud. Ce que vous voyez sur ces photos, ce damier géométrique, cette chaleur ambrée, c'est du béton habillé de bois.

Par sa forme et sa structure boisée, la salle rappelle la caisse de résonance d'un violon. 400 places. Classée Monument Historique. Le Steinway est ouvert dans cet écrin. Il attend, lui aussi.

« La musique paraît plus belle aux oreilles de ceux qui l'écoutent et plus proche au cœur de ceux qui la font. »  Alfred Cortot

Le public entre. Le silence se fissure.

Puis les fauteuils claquent. Les conversations du café du commerce s'installent, le brouhaha monte, le silence se fracasse. Ce moment-là, entre la scène vide et l'arrivée des artistes, est celui que je guette toujours. C'est là que la musique existe encore dans son état le plus pur : avant d'être jouée.

Enfin ils arrivent. Jean-Pierre Como, tout en noir, cheveux longs, s'installe au Steinway sans cérémonie. Javier Girotto, cheveux gris bouclés attachés dans le dos, prend position debout face au piano ouvert. Ils ne se regardent pas encore. Ils écoutent déjà.

Le concert.

Il ouvre avec le saxophone baryton — l'instrument le plus grave, le plus charnel, celui qui double les basses du piano et crée une dimension supplémentaire, comme si on entendait un violoncelle. La salle Cortot amplifie tout. Les boiseries renvoient le son avec une précision presque cruelle.

Ils sont là. Como au Steinway, Girotto au saxophone baryton.



Puis Girotto passe au
saxophone soprano, droit, doré, tenu presque à l'horizontale. 
C'est l'instrument du dialogue intime avec le piano, celui des moments suspendus. 

À un moment du concert, Girotto fait quelque chose d'inattendu. 
Il s'proche du Steinway ouvert et joue le soprano dans les cordes


Il s'approche du Steinway ouvert et joue le soprano
dans les cordes
Le piano devient caisse de résonance. Les cordes vibrent par sympathie, sans être frappées, prolongeant le souffle de Girotto dans une troisième voix qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre. 
Un son continu, suspendu entre deux instruments, entre deux hommes, entre deux continents.


Puis, Girotto le soprano en bandoulière sur sa poitrine prend la quena.
La flûte andine en roseau, instrument des hauteurs de Córdoba. 
Dans la salle Cortot, quelque chose bascule. L'Argentine entre dans le Steinway. 
Como joue, Girotto souffle dans le roseau, et les deux voix se cherchent dans cet espace improbable où la musique classique européenne et la mémoire andine se retrouvent face à face, sans hiérarchie, dans une même respiration.

Javier Girotto a joué ce soir de trois instruments.

Jean-Pierre Como prend le micro.

Ce n'est pas une habitude chez lui. Mais ce soir à la Cortot, il a quelque chose à dire. Il raconte  simplement, sans notes, à fleur de cœur, comment Parfum d'Azur est né. Tout commence à Rome, en 2023, au festival Una striscia di terra feconda. Girotto l'invite. Ils répètent ensemble pour la première fois leurs répertoires respectifs. Et quelque chose se passe, quelque chose entre eux, humain et musical, inséparable. Comme, dit Como, "la première fois qu'on s'était retrouvés seuls tous les deux."
« Cette émotion inexpliquée, inexplicable, lui et moi, dans notre ADN, il y a la mélodie. »  Jean-Pierre Como, Salle Cortot, 3 juin 2026

Il leur faut un an. Chacun de son côté. Puis vient la question du lieu. Comme Como ne veux pas de studio. Il porte depuis 2016 le souvenir d'une salle à Saint-Émilion, la salle des Dominicains, ancienne chapelle de couvent, acoustique hors du temps. Il y avait joué avec Express Europa, et lors de la répétition, seul sur scène, il s'était dit : un jour, je reviendrai enregistrer ici.

Ce jour arrive au printemps 2025. Grâce à deux hommes : Franck Binard, directeur du Conseil des Vins de Saint-Émilion, et Dominique Renard, fondateur du Saint-Émilion Jazz Festival.

Como marque une pause.

"Je voudrais rendre hommage à Dominique, qui nous a quittés fin janvier. C'était un homme remarquable."

La salle est silencieuse. À la part des anges, le dernier titre de l'album, prend soudain une autre dimension. Dans le vocabulaire des vignerons, "la part des anges", c'est ce qui s'évapore du tonneau, ce qu'on ne récupère jamais. Dominique Renard a participé à la naissance de cet album. Il n'en a pas vu la sortie. Il est dans chaque note.


Ce qu'on emporte.

Parfum d'Azur n'est pas un album de jazz au sens strict. C'est un album de mémoire, la mémoire d'une salle de couvent à Saint-Émilion, d'un homme disparu en janvier, d'une mélodie que deux musiciens portent dans leur ADN sans se l'être jamais dit. Como a écrit Léa et la symphonie des rêves pour sa fille. À la part des anges s'évapore comme le vin dans le tonneau, comme Dominique Renard.

Dix titres, 54 minutes, enregistrés en prise directe, Girotto aux côtés du piano, sans casque, sans filtre, dans l'acoustique vivante des Dominicains. Deux morceaux entièrement improvisés : Ouverture et À la part des anges, première prise, jamais refaits.

Sur scène ce soir, le face-à-face était exactement ce que Como promettait : puissant, communicatif, organique. Pas une démonstration. Une conversation entre deux hommes qui ont la même langue secrète, celle de la mélodie, "cette émotion inexpliquée, inexplicable."

À chaque fin de morceau, les applaudissements sont nourris. Pas polis, nourris. Ce public-là a compris ce qu'il entendait.

À la fin du concert, la première sortie de scène est saluée majestueusement. La salle entière retient quelque chose d'irréversible, ces mains qui ne veulent pas s'arrêter sont une forme de gratitude rare, celle qu'on réserve aux soirées dont on sait déjà, sur le moment, qu'on s'en souviendra.

Ils reviennent. Sous les applaudissements, Como et Girotto reprennent leurs instruments, pas pour un bis de convenance, mais parce que quelque chose n'est pas encore dit. Ce qui frappe tout au long de la soirée, c'est la qualité du rapport entre eux. Una symbiose rare, un respect mutuel qui se lit dans chaque regard, chaque geste d'écoute, chaque silence respecté entre les phrases. Deux musiciens qui ne s'effacent pas l'un devant l'autre, qui s'amplifient.

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Prochains concerts — Parfum d'Azur
6 juil. 2026Marseille — Jazz des Cinq Continents
23 août 2026Soulac-sur-Mer — Basilique Notre-Dame, Soulac'n Jazz
4 sept. 2026Les Nuits d'Hure — Gironde
L'œil écoute.Gérard Pocquet — Ainsi Parlait l'Art
Photographies : Gérard Pocquet / Salle Cortot, Paris, 3 juin 2026
Parfum d'Azur — L'Âme Sœur Production / L'Autre Distribution / IDOL
Relations Presse : Sophie Louvet — sophielouvetmenu@gmail.com — +33 6 84 40 61 51
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