Jean-Pierre Como & Javier Girotto • Parfum d'Azur • Quand le souffle rencontre la résonance • Salle Cortot · Paris · 3 juin 2026 • L'affiche a parlé · Gérard l'a vu · L'Œil écoute, Ainsi parlait l'art
& Javier Girotto
Parfum d'Azur
Le Steinway & Sons est ouvert, couvercle levé, cordes à nu. À droite, sur un pupitre, les instruments de Javier Girotto reposent dans le silence. Personne encore. Il y a dans une salle de concert vide quelque chose d'un tableau avant la première touche. Une promesse suspendue.
Auguste Perret, en 1928, hérite d'un terrain impossible rue Cardinet : neuf mètres de façade, vingt-neuf de profondeur. Il place la scène perpendiculairement à la rue, et recouvre les murs de fines plaques de contreplaqué en okoumé, ce bois africain clair et chaud. Ce que vous voyez sur ces photos, ce damier géométrique, cette chaleur ambrée, c'est du béton habillé de bois.
Par sa forme et sa structure boisée, la salle rappelle la caisse de résonance d'un violon. 400 places. Classée Monument Historique. Le Steinway est ouvert dans cet écrin. Il attend, lui aussi.
Puis les fauteuils claquent. Les conversations du café du commerce s'installent, le brouhaha monte, le silence se fracasse. Ce moment-là, entre la scène vide et l'arrivée des artistes, est celui que je guette toujours. C'est là que la musique existe encore dans son état le plus pur : avant d'être jouée.
Enfin ils arrivent. Jean-Pierre Como, tout en noir, cheveux longs, s'installe au Steinway sans cérémonie. Javier Girotto, cheveux gris bouclés attachés dans le dos, prend position debout face au piano ouvert. Ils ne se regardent pas encore. Ils écoutent déjà.
Le concert.
La flûte andine en roseau, instrument des hauteurs de Córdoba.
Il leur faut un an. Chacun de son côté. Puis vient la question du lieu. Comme Como ne veux pas de studio. Il porte depuis 2016 le souvenir d'une salle à Saint-Émilion, la salle des Dominicains, ancienne chapelle de couvent, acoustique hors du temps. Il y avait joué avec Express Europa, et lors de la répétition, seul sur scène, il s'était dit : un jour, je reviendrai enregistrer ici.
Ce jour arrive au printemps 2025. Grâce à deux hommes : Franck Binard, directeur du Conseil des Vins de Saint-Émilion, et Dominique Renard, fondateur du Saint-Émilion Jazz Festival.
Como marque une pause.
"Je voudrais rendre hommage à Dominique, qui nous a quittés fin janvier. C'était un homme remarquable."
La salle est silencieuse. À la part des anges, le dernier titre de l'album, prend soudain une autre dimension. Dans le vocabulaire des vignerons, "la part des anges", c'est ce qui s'évapore du tonneau, ce qu'on ne récupère jamais. Dominique Renard a participé à la naissance de cet album. Il n'en a pas vu la sortie. Il est dans chaque note.
Parfum d'Azur n'est pas un album de jazz au sens strict. C'est un album de mémoire, la mémoire d'une salle de couvent à Saint-Émilion, d'un homme disparu en janvier, d'une mélodie que deux musiciens portent dans leur ADN sans se l'être jamais dit. Como a écrit Léa et la symphonie des rêves pour sa fille. À la part des anges s'évapore comme le vin dans le tonneau, comme Dominique Renard.
Dix titres, 54 minutes, enregistrés en prise directe, Girotto aux côtés du piano, sans casque, sans filtre, dans l'acoustique vivante des Dominicains. Deux morceaux entièrement improvisés : Ouverture et À la part des anges, première prise, jamais refaits.
Sur scène ce soir, le face-à-face était exactement ce que Como promettait : puissant, communicatif, organique. Pas une démonstration. Une conversation entre deux hommes qui ont la même langue secrète, celle de la mélodie, "cette émotion inexpliquée, inexplicable."
À chaque fin de morceau, les applaudissements sont nourris. Pas polis, nourris. Ce public-là a compris ce qu'il entendait.
À la fin du concert, la première sortie de scène est saluée majestueusement. La salle entière retient quelque chose d'irréversible, ces mains qui ne veulent pas s'arrêter sont une forme de gratitude rare, celle qu'on réserve aux soirées dont on sait déjà, sur le moment, qu'on s'en souviendra.
Ils reviennent. Sous les applaudissements, Como et Girotto reprennent leurs instruments, pas pour un bis de convenance, mais parce que quelque chose n'est pas encore dit. Ce qui frappe tout au long de la soirée, c'est la qualité du rapport entre eux. Una symbiose rare, un respect mutuel qui se lit dans chaque regard, chaque geste d'écoute, chaque silence respecté entre les phrases. Deux musiciens qui ne s'effacent pas l'un devant l'autre, qui s'amplifient.
Photographies : Gérard Pocquet / Salle Cortot, Paris, 3 juin 2026
Parfum d'Azur — L'Âme Sœur Production / L'Autre Distribution / IDOL
Relations Presse : Sophie Louvet — sophielouvetmenu@gmail.com — +33 6 84 40 61 51
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