VULPIAN, OU LA PENSÉE PÉTRIFIÉE • Une statue rencontrée rue Antoine-Dubois, Paris 6e • Ainsi parlait L'Œil écoute, Ainsi Parlait l'Art
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| Crédits Photos: @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
VULPIAN, OU LA PENSÉE PÉTRIFIÉE
Une statue rencontrée rue Antoine-Dubois, Paris 6e
Il faut lever les yeux. C'est la première chose que m'impose cette statue, plantée au pied d'un escalier de la rue Antoine-Dubois, dos à la Faculté de médecine, face aux toits mansardés du 6e arrondissement. Un homme en robe, la main au menton, le regard porté au loin, ni vers le passant, ni vers l'objectif, mais vers une pensée qu'on devine encore en cours. On ne le dérange pas : on le surprend.
Le socle, lui, ne laisse aucune place au doute. Gravé en lettres sobres :
VULPIAN • 1826-1887.
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Un homme, deux faces de pierre
La sculpture ne se contente pas de nommer : elle énumère, comme on dresse un bilan de vie. Sur une face du piédestal, les titres :
Sur l'autre, l'œuvre, dix titres alignés comme une bibliothèque verticale, du plus théorique au plus clinique :
Il y a quelque chose de saisissant à lire, gravé dans le granit d'une rue tranquille, l'expression sclérose en plaques, une maladie qui, aujourd'hui encore, se pense et se combat dans les mêmes murs, quelques dizaines de mètres plus loin.
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Qui était Vulpian ?
Edme Félix Alfred Vulpian (1826-1887) est de ceux dont le nom, effacé du grand public, reste gravé dans la mémoire de la médecine. Physiologiste et neurologue, il gravit tous les échelons de la Faculté parisienne : agrégé en 1860, médecin à la Salpêtrière puis à la Pitié, doyen de la Faculté de médecine de 1875 à 1881, membre de l'Académie des sciences en 1876, puis secrétaire perpétuel de cette même Académie jusqu'à sa mort.
Deux découvertes suffiraient à sa gloire. En 1856, il isole dans les extraits de glande surrénale une substance dont les propriétés annoncent ce qu'on appellera plus tard l'adrénaline. Et c'est lui, le premier, qui emploie le terme de fibrillation pour décrire le rythme cardiaque chaotique, un thème que la cardiologie n'a plus quitté depuis.
Mais c'est à la Salpêtrière que se joue l'essentiel. Vulpian y travaille aux côtés de Jean-Martin Charcot ; les deux hommes, que l'histoire de la neurologie a surnommés « Castor et Pollux », y posent ensemble, en 1868, la première description clinique rigoureuse de la sclérose en plaques, celle-là même qui figure, en lettres capitales, sur le socle de la statue. Deux syndromes portent encore son nom, associés à d'autres : l'amyotrophie de Vulpian-Bernhardt, le phénomène de Vulpian-Heidenhain-Sherrington. On n'efface pas si facilement un homme qui a donné son nom aux nerfs des autres.
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| Crédits Photos: @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
Une statue née d'une dette
Le monument lui-même a son histoire. Ce n'est pas l'État qui l'a voulu, mais ses élèves : en 1927, un comité d'anciens étudiants de Vulpian lance la souscription, pour le centenaire de sa naissance. Le sculpteur choisi, Paul Richer, lui-même médecin et proche de Charcot, ce qui ne doit rien au hasard, livre une statue de marbre de 2,20 mètres, montrant Vulpian en doyen pensif, un ouvrage à la main. Le Conseil municipal approuve l'installation le 30 mars 1928 ; l'inauguration a lieu le 4 juillet suivant, en présence d'Édouard Herriot, alors ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.
Près d'un siècle plus tard, la statue est toujours là, face à l'école qui l'a vu enseigner, entre deux volées de marches que remontent aujourd'hui des étudiants qui, pour la plupart, ignorent son nom. Elle apparaît, dit-on, dans La Vérité de Clouzot (1960), apparition discrète, à la mesure du personnage.
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L'œil de Gérard
Ce que j'aime, dans cette statue, ce n'est pas seulement l'homme qu'elle célèbre : c'est la posture qu'elle immortalise. Vulpian n'est pas figé en autorité, bras croisés, poitrine bombée de décorations. Il pense. La main au menton, le regard ailleurs, c'est la posture même de celui qui écoute avant de conclure. Un homme qui a passé sa vie à ausculter les nerfs, les voies vasomotrices, les gestes involontaires du corps, se retrouve pétrifié dans le seul geste volontairement immobile : la réflexion.
Il y a une justice discrète à cela. Une rue tranquille, un escalier, un homme de pierre qui ne parle pas mais qui, visiblement, écoute encore.
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L'œil écoute.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.



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