The Puppini Sisters • Portrait • Interview • The Birthday Party • Concert 17 Décembre 2026 • Le New Morning, Paris 10e • Ainsi Parlait l'Art
Ainsi Parlait l'Art
Sous l'œil médiateur d'art et de culture
Paris · Eklo Hotels Vanves · 16 juin 2026
Elles ont choisi Paris pour fêter leurs vingt ans. Ce n'est pas un hasard, Marcella Puppini l'a dit sans détour : l'Olympia reste son plus grand souvenir de scène, et le public français, le plus musical qu'elles connaissent. Rencontre avec un trio qui n'a jamais donné un sou aux tendances, et qui revient au New Morning le 17 décembre pour une nuit d'anniversaire.
Portrait
Tout commence à Bologne, dans une école maternelle où un petit piano attend dans un coin. Une petite fille s'en approche, cherche des mélodies. Sa mère la remarque. Très vite, des leçons chez une religieuse du quartier, stricte, peu amusante, mais la flamme reste. À douze ans, la révélation : l'opéra. Marcella apprend La Traviata en entier et la chante toute la journée.
Mais avant même le piano, il y a quelque chose de plus ancien encore. Sa mère met les enregistrements de Bach, des Swingle Singers comme une berceuse. Marcella n'en a aucun souvenir conscient, elle l'apprendra des années plus tard. « Ce son est tellement évocateur pour moi, comme quelque chose d'ancestral au fond de l'âme. »
Puis il y a les Alpes italiennes, chaque août et chaque février, les champignons, le ski, et les chansons. Des chansons sur la marche en montagne, sur le vin, sur les partisans. Des chansons qui se chantent à plusieurs, en harmonie, naturellement, sans y penser. Marcella, son frère, sa sœur. L'harmonie comme culture familiale avant d'être une technique vocale.
À dix-huit ans, elle quitte l'Italie pour Londres. Central Saint Martins, puis Vivienne Westwood. La mode, non pas comme une vocation mais comme un destin provisoire, sa famille ne croyait pas en la musique comme carrière. « Quand j'ai vu ces étudiants sortir de Central Saint Martins, on aurait dit le film Fame. Je ne savais pas ce qu'ils faisaient, et je m'en fichais ; j'y allais. »
Trinity College of Music finira par arriver. Avec lui, Kate Mullins, à la section des ténors du chœur de jazz parce qu'il manque des hommes. Deux voix. Une troisième, Rosanna Schura. Des pâtes, du vin, des transcriptions des Andrews Sisters dans l'appartement de Marcella. Le groupe existe.
Ce son est tellement évocateur pour moi, comme quelque chose d'ancestral au fond de l'âme.
Marcella Puppini • à propos des Swingle Singers, berceuse de son enfance« Tout nous appartient et tout commence »
Entretien avec Marcella Puppini
Eklo Hotels Paris · Vanves · 16 juin 2026
Si je vous demandais de me montrer une photo de vous enfant, quel âge auriez-vous? Et que serais-je en train de regarder dans votre parcours musical ?
J'avais cinq ans. Ma mère m'a vue taper sur les touches du piano à la maternelle et elle a remarqué que je cherchais des mélodies. Très vite, j'ai eu des leçons chez les religieuses près de chez nous. Ma professeure était très stricte, pas vraiment amusante, mais la flamme est restée, et je n'ai jamais arrêté.
Puis, à douze ans, j'ai découvert l'opéra, et j'en suis tombée complètement amoureuse. J'ai appris La Traviata en entier, et je la chantais toute la journée.
Vous obligez votre frère et votre sœur à chanter avec vous. Ce besoin d'harmonie est-il venu avant ou après la musique elle-même ?
Chanter en harmonie fait vraiment partie de la culture italienne, surtout dans la musique traditionnelle, que beaucoup d'Italiens connaissent encore et aiment.
Depuis toute petite, peut-être deux ou trois ans, ma famille passait chaque août et une grande partie de février dans les Alpes italiennes, on cueillait des champignons, on skiait, et on apprenait toutes les chansons de la région, qui se chantent toutes en harmonie. Je crois que c'est ce qui a rendu si naturel pour nous de chanter en harmonie ensemble. Et quand on a été un peu plus grands, j'avais environ neuf ans, ma sœur sept et mon frère quatre, on a commencé à s'aventurer davantage : on se répartissait les parties instrumentales quand on chantait des chansons pop dans la voiture.
Est-ce qu'il y a un son, un moment dans l'enfance, pas forcément une chanson précise, qui a tout déclenché pour vous ?
Je crois que le tout premier moment, c'est ma mère qui mettait les enregistrements de Bach des Swingle Singers comme berceuse quand j'étais bébé. Je n'en ai aucun souvenir moi-même, mais quand elle me l'a dit des années plus tard, ça a eu du sens.
Ce son est tellement évocateur pour moi, comme quelque chose d'ancestral au fond de l'âme.
Sur scène, vous ne vous voyez pas, vous vous sentez. Lors de votre toute première session d'enregistrement, le producteur vous a séparées dans des cabines différentes. Ce fut un désastre. Qu'est-ce qu'on ressent exactement quand on chante à trois ?
Quand on est ensemble, même si on ne se voit pas directement, on se sent. On perçoit les mouvements de l'autre, on respire ensemble.
Dès qu'on est séparées, on perd tous les signaux instinctifs et le son commun disparaît.
Vous portez l'esthétique des années 40. Qu'est-ce que vous en prenez, et qu'est-ce que vous refusez absolument ?
Ce que nous embrassons pleinement, c'est la politesse, un sens de l'« entitlement » moins exacerbé et une solide éthique du travail. Les stars d'autrefois croyaient que le succès venait du travail et de la reconnaissance, de la contribution de chacun, des ingénieurs lumière au département costumes, en passant par les assistants. Ça a toujours été notre moteur.
Ce que nous laissons derrière, c'est l'idée des valeurs familiales « traditionnelles » qui demandent souvent aux femmes de jouer un rôle subalterne. Nous contrôlons chaque aspect de nos carrières : nous écrivons et arrangeons notre musique, créons nos spectacles, prenons nos propres décisions, d'une façon dont nous n'aurions probablement pas été capables dans les années 40 et 50.
Les Triplettes de Belleville vous ont montré des femmes qui voyagent et font de la musique dans un monde qui ne les attend pas. Qu'est-ce que ce film vous a dit que la musique seule ne vous avait pas encore dit ?
Dans le film, on les voit jeunes, elles ont une vie pleine de vibrations; puis on les revoit très vieilles, très pauvres, dormant toutes dans le même lit, devant pêcher des grenouilles pour survivre. Et elles chantent. Elles chantent toujours, parce que c'est ce qui les rend heureuses.
Pour moi, cela dit, c'est qu'elles ne se souciaient de rien d'autre que de ce qu'elles faisaient avec la musique. La musique parlait à travers elles, c'était leur seul mode d'expression. Elles ne parlent d'ailleurs presque pas dans le film. Elles font de la musique. C'est une belle analogie pour la vie : quand tout s'effondre autour de vous, vous vous accrochez à ce qui vous apporte de la joie.
Total Eclipse of the Heart, enfant, vous la jouiez au piano. Vous avez attendu vingt ans avant de l'enregistrer. Qu'est-ce qu'on attend avant d'enregistrer une chanson d'enfance ?
Parce que, quand une chanson compte beaucoup pour vous, vous voulez être sûre de lui rendre vraiment justice. On est prêtes maintenant. Après toutes ces années, on est des chanteuses très, très solides. Il y a vingt ans, quand on apprenait encore, on n'aurait peut-être pas pu lui rendre un aussi bel hommage.
Il y a de la joie dans "Total Eclipse ". C'est un morceau extrêmement vocal, tout est dans le chant. C'est vraiment une question de performance collective.
"True Love", vous l'avez chanté à votre propre mariage. Vous avez pleuré sur scène des années plus tard quand la chanson est revenue. Comment chante-t-on une chanson qui vous appartient à ce point devant des étrangers ?
C'est très pur. On l'a chantée à mon mariage pour la première fois, puis on ne l'a pas reprise pendant un moment; on l'a enregistrée pour l'album "Hollywood", environ cinq ans plus tard. Cela a été un souvenir magique cette nuit-là. C'est comme ça que fonctionne la musique, et les odeurs aussi, ça vous ramène directement à un souvenir précis.
En studio, c'était comme retourner à mon mariage dans la pièce. C'était presque magique.
Votre deuxième album s'appelle "The Rise and Fall of Ruby Woo". Robert Smith de The Cure porte le même rouge à lèvres, pour la même raison. À quel moment ce rouge est-il devenu une identité plutôt qu'un maquillage ?
On peut passer énormément de temps à se maquiller pour avoir l'air de ne rien porter, ou très peu de temps pour un vrai look. Pour nous, on a eu le Ruby Woo et c'est devenu la marque Puppini. C'est un rouge spécifique pour nous trois. Et oui, il ne bave pas sur scène.
Paris contre Londres, qu'est-ce que le public parisien vous donne que Londres ne vous donne pas ?
Le public parisien est très sophistiqué, mais aussi vraiment réceptif, chaleureux et festif. Le public français, en général, a une palette de goûts bien plus large que les Anglais, qui ont tendance à vénérer le rock'n'roll et la musique de danse, et peu d'autre chose.
Ce qui veut dire qu'il est beaucoup plus facile pour les Français de « comprendre » ce qu'on fait, tandis que les Anglais ont parfois besoin d'être convaincus au fil de la soirée.
Dernière question. Si Lady Gaga vous appelait demain pour une collaboration, qu'est-ce que vous lui proposeriez que personne d'autre au monde ne pourrait lui offrir ?
On pourrait être le quartet le plus hot du monde et explorer vraiment les harmonies et les rythmes complexes, pour un son qui rivalise avec le Manhattan Transfer. Avec nous, elle pourrait vraiment « se lâcher côté jazz ». Lady Gaga, si vous nous entendez, appelez-nous.
L'œil écoute
Il y a une phrase que Marcella n'a jamais dite dans une interview de presse: les Swingle Singers comme berceuse. Ce son ancestral au fond de l'âme, avant le piano, avant l'opéra, avant Vivienne Westwood et Trinity College; tout était déjà là, dans ce berceau bolognais, dans les chansons de partisans des Alpes. Les Puppini Sisters ne rejouent pas les années 40. Elles rejouent leur propre enfance.
The Puppini Sisters à Paris
17 Décembre 2026 • Le New Morning, Paris 10eGérard Pocquet
L'œil écoute.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.

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