đŹ L'AFFICHE A PARLĂ • LES CONTREBANDIERS • The Weight • Un film de Padraic McKinley • Berlin 2026 & Sundance • GĂ©rard l'a vu • Ainsi parlait L'Ćil Ă©coute, Ainsi Parlait l'Art
LES CONTREBANDIERS
The Weight • Un film de Padraic McKinley • Berlin 2026
L'affiche a parlĂ©. L'Ćil Ă©coute.
© Les Contrebandiers • Au cinĂ©ma le 16 septembre 2026
Deux hommes armĂ©s dans une forĂȘt brumeuse. Cinq adjectifs de presse entre guillemets. L'affiche promet le western crĂ©pusculaire.
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I. Premier regard
L'affiche s'impose par sa palette chromatique, des verts sombres de forĂȘt, des gris de brume, une lumiĂšre froide qui dit l'Oregon des annĂ©es 1930 avant mĂȘme qu'on lise le synopsis. Deux hommes se font face, chacun dans sa moitiĂ© : Ă gauche, Ethan Hawke, chemise de travail, regard direct, une arme Ă la main ; Ă droite, Russell Crowe, chapeau Ă larges bords, impermĂ©able, arme Ă©galement, posture de celui qui a l'autoritĂ©. DerriĂšre eux, une voiture ancienne et des troncs d'arbres massifs qui montent vers le haut du cadre comme des colonnes.
Entre les deux hommes et au-dessus d'eux, cinq adjectifs de presse entre guillemets, empilĂ©s en capitales italiques sur fond sombre : "PALPITANT" • "PHĂNOMĂNAL" • "CAPTIVANT" • "INTENSE" • "POIGNANT". Cinq superlatifs. Cinq promesses. En bas : LES CONTREBANDIERS en lettres blanches sur fond noir.
Les deux logos en haut Ă droite, Berlinale 76 et Sundance, indiquent la caution des festivals. Le film existe dans ces territoires. C'est une garantie d'intention.
II. Lecture des signes
La composition en miroir des deux acteurs dit la dualitĂ© centrale du film : deux hommes, deux forces opposĂ©es, une mĂȘme forĂȘt. Hawke et Crowe se font face sans se regarder, chacun regarde lĂ©gĂšrement hors-cadre, vers son propre horizon. Ce n'est pas encore l'affrontement, c'est l'avant.
Les arbres derriĂšre eux mĂ©ritent de l'attention. Ils ne sont pas un dĂ©cor, ils sont une prĂ©sence. Massifs, droits, ils disent de la forĂȘt qu'elle est un territoire hostile et indiffĂ©rent, plus grand que les hommes qui s'y affrontent. Le film aura ces arbres. Il aura cette lumiĂšre. Ce sera parfois suffisant pour tenir.
Les cinq adjectifs de presse entre guillemets sont la partie la plus fragile de l'affiche, et la plus rĂ©vĂ©latrice de sa stratĂ©gie. Cinq superlatifs empilĂ©s projettent une insistance qui trahit un doute. Un film vraiment palpitant n'a pas besoin de le dire cinq fois. L'affiche se dĂ©fend avant mĂȘme que le film commence.
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III. Le film et l'affiche
Oregon, 1933. AprĂšs la mort de sa femme, Samuel Murphy (Ethan Hawke) est arrachĂ© Ă sa fille et envoyĂ© dans un camp de travail impitoyable. Un surveillant sans scrupule (Russell Crowe) lui promet la libertĂ© contre une pĂ©rilleuse mission de contrebande d'or. Murphy s'embarque dans une expĂ©dition de tous les dangers, au cĆur d'une nature hostile, oĂč les trahisons se multiplient. Jusqu'oĂč ira-t-il pour revoir sa fille ?
Le cadre est solide, la Grande DĂ©pression, la forĂȘt de l'Oregon, le western crĂ©pusculaire, la figure du pĂšre sĂ©parĂ© de son enfant. Le rĂ©alisateur Padraic McKinley adopte une mĂ©thode pseudo-documentaire, exploitant la lumiĂšre naturelle et les intempĂ©ries. Les intentions sont lisibles et lĂ©gitimes. La question est celle de l'exĂ©cution.
Julia Jones joue Anna et mĂ©rite qu'on s'y arrĂȘte. NĂ©e Ă Boston d'un pĂšre d'origine choctaw, chickasaw et afro-amĂ©ricaine, formĂ©e au Boston Ballet School dĂšs l'Ăąge de quatre ans, diplĂŽmĂ©e de Columbia en littĂ©rature anglaise, elle a traversĂ© *Urgences*, la saga *Twilight*, *Wind River*, *Westworld*, *Dexter: New Blood* et l'univers Star Wars avec *The Mandalorian*. Dans *Les Contrebandiers*, elle incarne le rĂŽle fĂ©minin principal; c'est elle qui sauve la scĂšne la plus forte du film.
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IV. L'Ćil de GĂ©rard — aprĂšs la sĂ©ance
Il y a deux scĂšnes qui retiennent l'attention. La plus forte : Ethan Hawke sous les troncs d'arbres, qui se noie et Julia Jones qui le sauve. Dans cette scĂšne, quelque chose se passe. La forĂȘt est lĂ , l'eau est lĂ , les troncs de bois sont lĂ , le corps est lĂ . Le film existe.
Il y a aussi la scÚne du pont en bois vétuste des mineurs d'or, étrange et légÚrement absurde. Les acteurs s'envoient des lingots d'or, comme si c'étaient des barres de chocolat, au-dessus d'un ravin de rapides. L'enjeu est réel, perdre un lingot, c'est la mort à l'arrivée, mais le traitement donne à la scÚne une bizarrerie qui déconcerte plus qu'elle ne captive.
Les arbres vus d'en haut sauvent l'honneur, quelques magnifiques images aĂ©riennes oĂč les troncs ressemblent Ă des ĂȘtres humains debout, silencieux, indiffĂ©rents. Ces plans mĂ©ritent le dĂ©tour. Ils disent ce que le film aurait pu ĂȘtre. Avy Berry, actrice britannique qui joue la fille d'Ethan Hawke, mĂ©rite d'ĂȘtre mentionnĂ©e; sa prĂ©sence donne au personnage de Murphy sa seule vraie raison d'avancer.
Le verdict de l'Ćil : Presse AllocinĂ© 3,1 • Spectateurs 3,3 • L'Ćil : en dessous des deux. Quelques belles images de forĂȘt, une scĂšne forte avec Julia Jones, une musique qui tient mieux que le scĂ©nario. L’idĂ©e que l’espoir lui-mĂȘme est une sorte de monnaie, dont la valeur s’apprĂ©cie d’autant plus que l’on s’y accroche longtemps selon les dires de
Padraic McKinley. à voir à la télévision, un soir d'automne.
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La musique • Latham Gaines & Shelby Gaines
La partition originale est signĂ©e Latham Gaines et Shelby Gaines; c'est elle qui tient le film le plus solidement. FidĂšles Ă leur dĂ©marche tactile, les frĂšres Gaines ont fabriquĂ© des sculptures sonores amplifiĂ©es Ă partir d'objets trouvĂ©s, crĂ©ant un univers brut et organique qui Ă©pouse la violence des Ă©lĂ©ments et la topographie hostile. Textures rugueuses Ă la guitare Ă©lectrique, grondements, glissements, sursauts, une bande originale viscĂ©rale, qualifiĂ©e de "dĂ©capante" par certaines critiques, qui dĂ©poussiĂšre les codes du genre et participe au thriller lĂ oĂč le scĂ©nario s'essouffle.
La superposition de la musique avec l'action est jugée parfaite, elle joue parfois le rÎle de narratrice de l'intrigue, selon les propres mots d'Ethan Hawke. Un bémol cependant relevé par quelques critiques : la musique est parfois "trop annonciatrice des rebondissements", manquant légÚrement de subtilité dans l'indication des moments de tension. Cette approche renforce la métaphore du poids, à la fois physique et émotionnel, porté par ce groupe en marge de la Grande Dépression. On y entend par ailleurs une reprise rock sudiste emblématique : Lynyrd Skynyrd reprenant J.J. Cale ("Call Me The Breeze", 1974).
Source musicale : Cinezik.org — Critique de la musique originale de Les Contrebandiers — © Cinezik.
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V. Post & Podcast
Ce que cette affiche dit en un mot : Poids. Le poids des arbres, le poids de la forĂȘt, le poids d'un pĂšre sĂ©parĂ© de sa fille, le poids d'une Ă©poque, la Grande DĂ©pression qui Ă©crase les hommes ordinaires. Le titre original, The Weight, est plus juste que la traduction française. Il dit le film tel qu'il aurait pu ĂȘtre.
Le film a ses moments, Julia Jones dans l'eau, les arbres vus du ciel, la musique des frÚres Gaines qui gronde sous les images. Mais il ne tient pas la promesse de ses cinq adjectifs. L'affiche avait choisi le superlatif. Le film aurait mieux fait de choisir la sobriété.
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Fiche technique
Réalisation : Padraic McKinley
Scénario : Shelby Gaines, Matthew Booi
Avec : Ethan Hawke (Samuel Murphy), Russell Crowe, Julia Jones (Anna), Avy Berry
Musique originale : Latham Gaines & Shelby Gaines
Genre : Action / Aventure / Thriller — Tout public avec avertissement
Durée : 1h 53min
Titre original : The Weight
Notes AllocinĂ© : Presse 3,1 — Spectateurs 3,3
SĂ©lections : Berlinale 76 — Sundance
Au cinéma le 16 septembre 2026
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L'Ćil Ă©coute.
Ainsi Parlait l'Art.

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