đŹ L'AFFICHE A PARLĂ • THE DOG STARS • Un film de Ridley Scott • GĂ©rard l'a vu • Ainsi parlait L'Ćil Ă©coute, Ainsi Parlait l'Art
L'Affiche a parlé. Gérard l'a vu. Ainsi parlait l'art.
THE DOG STARS
Un film de Ridley Scott, d'aprĂšs La Constellation du chien de Peter Heller • avec Jacob Elordi, Margaret Qualley, Josh Brolin, Guy Pearce, Benedict Wong et Allison Janney.
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Deux affiches pour un seul film, et déjà deux promesses différentes. L'une, française, referme le monde sur un visage et un chien. L'autre, internationale, l'ouvre sur un groupe en armes dans les herbes hautes. Entre les deux, il y a tout The Dog Stars : un homme qui a perdu sa femme enceinte dans la pandémie, reclus sur une base aérienne du Colorado avec pour seuls compagnons un chien et un vieux survivaliste, jusqu'à ce qu'une transmission radio, croit-on, le pousse à quitter son refuge.
Affiche française — « Quand le monde touche Ă sa fin, personne ne survit seul. »
Premier regard
L'affiche française frappe par sa retenue. Un visage, Jacob Elordi, quelques jours de barbe, le regard qui se dérobe au spectateur plutÎt que de l'affronter, un chien blotti contre lui, et derriÚre, floues, des tours éventrées. Rien n'y crie. Tout s'y recueille.
L'affiche internationale, elle, saisit tout autrement : quatre figures en ligne de front, armes visibles, une aile d'avion jaune en amorce, l'herbe folle envahissant le premier plan. Le premier réflexe qu'elle installe n'est plus celui du recueillement, mais, de la vigilance de groupe, un film de survie balisé, plus qu'un portrait intérieur.
Lecture des signes
Sur l'affiche française, chaque détail travaille l'intimité : la veste en toile huilée, le flou d'arriÚre-plan qui refuse aux ruines le statut de sujet, elles ne sont qu'une menace diffuse, pas un enjeu immédiat. Le berger allemand n'a rien d'un équipement de survie ; sans harnais, sans matériel visible, il est une présence affective, le seul autre regard vivant du cadre.
Sur l'affiche internationale, les signes sont ceux du genre catastrophe américain : armes en évidence, posture de front commun, nature qui reprend ses droits sur la ville morte. Le logo IMAX, lui, ne raconte rien du film, il vend un format. Seule la skyline ou silhouette urbaine détruite, verticale comme une ossature de cathédrale, se retrouve, identique, sur les deux affiches.
Affiche internationale (IMAX) — « At the end of the world, no one survives alone. »
Film vs affiche
Le matĂ©riel promotionnel, le synopsis, le dossier de presse, les deux affiches, vendent un dĂ©part motivĂ© par une mystĂ©rieuse transmission radio. Le film raconte tout autre chose : ce n'est pas l'appel de l'inconnu qui sauve Hig, mais une rencontre terrestre, incarnĂ©e, fortuite avec Cima (Margaret Qualley), Ă l'occasion d'une panne de l'aĂ©roplane. Le marketing promet une quĂȘte vers un signal ; le film organise une conversion par un visage.
La photographie d'Erik Messerschmidt, nuages, forĂȘts, riviĂšres, lacs vus d'en haut, puis la solitude Ă©crasante face aux pitons rocheux, porte cette bascule presque seule, entre respiration et vertige. La partition d'Harry Gregson-Williams, qui retrouve ici Ridley Scott pour la huitiĂšme fois, suit exactement la mĂȘme dualitĂ© : textures orchestrales Ă©purĂ©es et guitare acoustique pour la solitude des grands espaces, motifs plus tendus pour les rencontres hostiles. Le score ne choisit pas entre les deux affiches, il les contient toutes les deux, en alternance.
L'Ćil de GĂ©rard
Cette formule Ă©claire rĂ©troactivement le diptyque des affiches. L'affiche internationale, en assemblant Hig, Bangley et Cima dans un mĂȘme plan de front, littĂ©ralise sans le savoir cette dualitĂ© : Bangley y incarne le pĂŽle de la violence, la survie qui reste solitaire mĂȘme entourĂ©e, l'autre comme rempart plutĂŽt que comme lien, Cima, le pĂŽle de l'amour, l'autre comme renaissance. Ce que j'avais d'abord lu comme une trahison commerciale de l'intimitĂ© du roman s'avĂšre, en rĂ©alitĂ©, une mise en image assez fidĂšle de cette dualitĂ©, simplement mal hiĂ©rarchisĂ©e : elle place les trois figures Ă Ă©galitĂ©, quant au film, lui, tranche nettement du cĂŽtĂ© de l'amour.
L'affiche française reste fidÚle à l'autre versant : Hig au bord de son avion, la mélancolie, les poussées dépressives face à la montagne, le chien comme seul lien tenu avant la rencontre. C'est l'affiche de l'ùme en peine ; l'affiche IMAX, elle, est celle, maladroite mais non mensongÚre, de la renaissance par autrui.
Post & podcast
Presse 2,7, spectateurs 3,3 sur AlloCinĂ© : ma note est plus proche de celle du public que de celle de la critique. Un film romantique qui touche par sa charge de deuil plutĂŽt que par une mĂ©canique de genre, ce que la presse, habituĂ©e Ă juger le post-apocalyptique Ă l'aune du spectacle, a sans doute sous-Ă©valuĂ©. Piste pour un prochain Ă©pisode : jusqu'oĂč une affiche peut-elle trahir un film pour vendre un format, ici l'IMAX, sans trahir son intention ? Aucun studio graphique n'est crĂ©ditĂ© sur l'une ou l'autre affiche : un chantier qui attend son Affiche et son FantĂŽme.
RĂ©alisation : Ridley Scott • ScĂ©nario : Christopher Wilkinson, d'aprĂšs le script de Mark L. Smith et le roman de Peter Heller
Avec : Jacob Elordi (Hig), Margaret Qualley (Cima), Josh Brolin (Bangley), Guy Pearce, Benedict Wong
Image : Erik Messerschmidt — Musique : Harry Gregson-Williams
Distribution France : 20th Century Studios
Sortie France : 26 aoĂ»t 2026 • Sortie US : 28 aoĂ»t 2026
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L'Ćil Ă©coute.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.
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