đŹ L'AFFICHE A PARLĂ • L'INCONNUE • Un film d'Arthur Harari • SĂ©lection officielle Cannes 2026 • CompĂ©tition • Press Release Ainsi Parlait L'Ćil Ă©coute, Ainsi Parlait l'Art
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| © L'Inconnue • Au cinĂ©ma le 26 aoĂ»t 2026 |
L'INCONNUE
Un film d'Arthur Harari — SĂ©lection officielle Cannes 2026, CompĂ©tition
L'affiche a parlĂ©. L'Ćil Ă©coute.
Un rouge total. Le mĂȘme visage de LĂ©a Seydoux en trois Ă©tats, du flou vers le net. Aucune explication. Une question sans rĂ©ponse — que seul le film peut rĂ©soudre. Et le film ne tient pas entiĂšrement la promesse.
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I. Premier regard
L'affiche est rouge. D'un rouge total, saturĂ©; un rouge qui n'est pas dĂ©coratif, qui n'oriente pas vers un genre prĂ©cis, qui impose d'abord une sensation avant de livrer une information. Sur ce fond, le mĂȘme visage de LĂ©a Seydoux se rĂ©vĂšle en trois phases superposĂ©es de haut en bas : en haut, fantomatique, Ă peine visible dans le rouge ; au centre, plus dense, en transit ; en bas, net, prĂ©sent, le regard baissĂ©, les cheveux tirĂ©s. Trois Ă©tats du mĂȘme ĂȘtre, trois degrĂ©s de prĂ©sence dans la mĂȘme matiĂšre rouge.
Le spectateur qui regarde cette affiche voit une femme,trois fois la mĂȘme, sans explication. Il ne sait pas ce qui lui arrive. Il ne sait pas pourquoi elle se rĂ©pĂšte. Il pose une question. C'est tout ce que l'affiche demande. Et c'est suffisant pour entrer dans un cinĂ©ma.
Ă gauche, six adjectifs de presse en capitales noires, de taille croissante, du plus petit en haut au plus grand en bas : ENVOĂTANT TĂ©lĂ©rama MAGNIFIQUE Sofilm CAPTIVANT The New Yorker ĂPOUSTOUFLANT Le Monde FASCINANT Les Inrocks VERTIGINEUX L'HumanitĂ©.La typographie croissante dit le mouvement, le vertige s'installe, il ne commence pas.
En haut : "Par le scĂ©nariste oscarisĂ© d'Anatomie d'une Chute". En bas : LĂA SEYDOUX • L'INCONNUE • NIELS SCHNEIDER. Le nom de Niels Schneider apparaĂźt sur l'affiche, son visage, non. Il est absent de l'image. C'est un choix.
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II. Lecture des signes
Le rouge fond les trois Ă©tats du visage dans la mĂȘme matiĂšre. Il ne les distingue pas, il les unit. Ce n'est pas une succession de trois portraits : c'est une seule prĂ©sence en train de se prĂ©ciser. Le rouge est ce dans quoi elle baigne, ce dont elle Ă©merge, ce qu'elle traverse.
La progression du flou vers le net, de l'absent vers le présent, pose une question que l'affiche refuse de formuler. Qui est cette femme ? Pourquoi trois fois ? Que lui arrive-t-il entre l'effacement et la clarté ? L'affiche est une énigme sans légende. Elle fait confiance au rouge et au visage. Rien d'autre.
L'absence de Niels Schneider dans l'image alors que son nom figure en bas est le signe le plus fort de l'affiche. Elle aurait pu montrer les deux acteurs, elle ne montre qu'elle. Ce choix dit que le film se joue d'abord dans un seul visage, dans un seul corps. Ce que ce corps contient, ou ce qu'il a perdu, ou ce qu'il reçoit, c'est au film de le dire.
La caution "Par le scénariste oscarisé d'Anatomie d'une Chute" est le seul élément commercial d'une affiche qui, pour le reste, fait entiÚrement confiance à son dispositif visuel. C'est audacieux. Et cohérent avec le projet d'un cinéaste qui revendique le réalisme fantastique sans explication.
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III. Le film et l'affiche
Ce que l'affiche cache et que le film rĂ©vĂšle : David Zimmerman est photographe, reclus, approchant de la quarantaine. Des amis le traĂźnent dans une fĂȘte. Il aperçoit une femme dans la foule, la suit. Quelques heures plus tard, il se rĂ©veille dans le corps de cette inconnue. Harari adapte avec Vincent Poymiro la bande dessinĂ©e qu'il a co-Ă©crite avec son frĂšre Lucas: Le Cas David Zimmerman, en revendiquant la filiation avec Kafka : "Dans La mĂ©tamorphose, Gregor Samsa ne questionne jamais l'expĂ©rience qu'il vit comme Ă©tant impensable ou impossible. Elle s'ajoute Ă la rĂ©alitĂ©, elle ne la contredit pas."
Harari dit lui-mĂȘme que le film s'inspire de la doctrine de la mĂ©tempsychose, concept ancien, nĂ© dans des traditions philosophiques et religieuses spĂ©cifiques. Ce n'est pas un sujet nouveau. La question du scĂ©nario n'est pas de le dĂ©couvrir mais de le traiter, et de le traiter autrement qu'il n'a Ă©tĂ© traitĂ© jusqu'ici, dans un cadre rĂ©aliste contemporain, sans explication, sans commentaire.
LĂ©a Seydoux avait accouchĂ© trois mois avant le dĂ©but du tournage. Niels Schneider avait maigri considĂ©rablement pour le rĂŽle. Deux corps dans un Ă©tat de transformation physique rĂ©elle, exactement ce que le film demandait. Harari prĂ©cise que LĂ©a Seydoux rĂ©pĂ©tait pendant le tournage "Je suis David", et que Niels Schneider avait l'impression d'ĂȘtre rĂ©ellement cette jeune femme. Ce travail d'incarnation se voit Ă l'Ă©cran.
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IV. L'Ćil de GĂ©rard — aprĂšs la sĂ©ance
L'idée du scénario est intéressante. Harari a raison sur le fond. Sur la forme, il a perdu le fil quelque part.
La camĂ©ra s'Ă©ternise, sur les visages, sur les corps. La musique d'Andrea Poggio, dont le piano rĂ©pĂ©titif et lancinant amplifie la lenteur des plans, participe Ă cet excĂšs lĂ oĂč elle aurait dĂ» le contester. Musique et image s'additionnent lĂ oĂč elles auraient dĂ» se contredire. L'ensemble est surjouĂ©. Le vertige qu'on attendait ne vient pas, ou vient trop tard, trop rarement.
Ce que je retiens : les acteurs. Léa Seydoux et Niels Schneider portent le film de bout en bout avec une conviction admirable. C'est insuffisant pour sauver un film de sa propre lenteur, mais c'est ce qu'on emporte en sortant.
Le verdict de l’Ćil Ă©coute : Presse AllocinĂ© 3,6 • Spectateurs 2,8 • Ainsi parlait l’Ćil Ă©coute entre les deux. L'idĂ©e est intĂ©ressante, mais demanderait Ă ĂȘtre traitĂ©e diffĂ©remment. L'affiche est meilleure que le film.
La musique — Andrea Poggio
La partition d'Andrea Poggio, qui retrouve Harari aprĂšs Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, est conceptuelle et Ă©lectronique : arpĂšges modulĂ©s, spirales sonores, motif cyclique de quatre notes aux textures de synthĂ©tiseurs vintage rappelant John Carpenter. Ce motif entĂȘtant et presque inamovible soutient une sensation d'immobilitĂ© psychologique et de suspension temporelle. En contrepoint, surgit, en clĂŽture, "It's All Over Now, Baby Blue" de Bob Dylan. On entend aussi une reprise de JĂłhann JĂłhannsson ("Part 1 / IBM 1401 Processing Unit") qui ancre la dimension mĂ©morielle du rĂ©cit. La musique ne rĂ©sout rien, elle suspend tout. Dans ce film, la suspension s'Ă©tire trop.
Source : Cinezik.org — Critique de la musique originale de L'Inconnue — © Cinezik, Ă©ditĂ© le 27 aoĂ»t 2026.
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V. Post & Podcast
Ce que cette affiche dit en un mot : Ănigme. Le mĂȘme visage en trois Ă©tats dans un bain de rouge. Pas de second acteur visible. Pas d'explication. Une femme et sa propre rĂ©pĂ©tition et la question qu'elle pose sans la formuler.
Harari dit : "Ce n'est pas une happy end, c'est une free end." La formule est juste. Elle dĂ©finit aussi l'expĂ©rience du spectateur face Ă ce film — en attente d'une Ćuvre qui aurait su traiter ce sujet ancien Ă la vitesse qu'il mĂ©ritait. Ce film-lĂ reste Ă faire. Celui-ci en a posĂ© les fondations — avec deux acteurs qui mĂ©ritent mieux, et une affiche qui mĂ©rite davantage que le film qu'elle reprĂ©sente.
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Fiche technique
Réalisation : Arthur Harari
Scénario : Arthur Harari et Vincent Poymiro
D'aprÚs la bande dessinée Le Cas David Zimmerman de Lucas Harari et Arthur Harari
Avec : Léa Seydoux, Niels Schneider
Musique originale : Andrea Poggio
Supervision musicale : Thibault Deboaisne
SĂ©lection officielle Festival de Cannes 2026 — CompĂ©tition
Notes AllocinĂ© : Presse 3,6 — Spectateurs 2,8
Au cinéma le 26 août 2026
Partenaire média : France Inter
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L'Ćil Ă©coute.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.


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