# 46 • Musée Onufri de Berat • GJERGJ DHE NDIN ÇETIRI (KATRO) • ICONE & ANONYMOUS • NATIVITY OF ST.MARY • Extrait: Carnet de voyage Ainsi parlait l’Œil écoute, Ainsi Parlait l' Art
L'enfer dans une boîte à offrandes
Au musée Onufri de Berat, installé dans l'ancienne cathédrale orthodoxe
Deux commandes, deux registres, un même atelier local : d'un côté l'effroi pédagogique du Jugement dernier, peint jusque sur un tronc à offrandes
de la citadelle, deux pièces modestes en apparence, l'une n'est même pas une icône, racontent à elles seules la richesse de la peinture post-byzantine albanaise,
loin des grandes compositions déjà connues du lieu.
La première est un coffre. Une arke ofertash, un tronc à offrandes en bois,
La première est un coffre. Une arke ofertash, un tronc à offrandes en bois,
du genre qu'on plaçait au fond d'une église pour y recueillir les dons des fidèles,
un objet utilitaire, en somme, que personne n'aurait songé à décorer avec le soin
d'une icône royale. C'est pourtant ce qu'ont fait, en 1846, deux peintres du nom
de Gjergj et Ndin Çetiri, de la famille dite Katro : le couvercle tout entier est couvert d'un Jugement dernier complet, aussi dense qu'une planche d'enluminure.
À gauche, l'archange Michel, ailes déployées, tient une balance à bout de bras ;
sur l'un des plateaux, une âme ; sur l'autre, un démon accroché de tout son poids
pour tricher sur le verdict. Une main surgit d'un nuage tout en haut du panneau,
la main de Dieu elle-même, reliée par un fil rouge à la balance, comme si le ciel retenait littéralement le fléau. À droite, l'enfer se déploie en langues de flammes :
des damnés entraînés par des diables cornus, un monstre à gueule ouverte
qui semble avaler la scène entière, une femme allongée qu'un petit démon tourmente au sol. À gauche, la porte du paradis, gardée par un ange, laisse entrevoir des élus
déjà rassemblés. Le tout est annoté d'inscriptions grecques serrées, comme un manuscrit qui aurait débordé sur le bois.
Les Çetiri ne sont pas des inconnus pour qui a déjà visité ce musée :
Les Çetiri ne sont pas des inconnus pour qui a déjà visité ce musée :
c'est un certain Jean Çetiri, à la tête d'une dynastie de peintres originaires de Grabova, dans le sud-est du pays, les « Grabovar », qui a peint l'immense iconostase
de la cathédrale en 1807, l'une des pièces maîtresses du lieu.
Cette boîte de 1846, signée par deux de ses héritiers, prouve que l'atelier familial
a continué de peindre à Berat près de soixante-dix ans plus tard, la troisième génération ayant hérité du métier autant que du nom, une constance artisanale assez rare pour être soulignée, dans un pays dont ce blog a déjà raconté, à propos d'un tout autre peintre, à quel point les dynasties d'artistes savent parfois traverser
les décennies presque intactes.
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ANONIM • LINDJA E SHEN MARISË • 1777 • TEMPERA NE DRU Ikona eshtë marrë nga kisha • "Lindja e Shën Marise", Vokopolë, Berat. |
ANONYMOUS • NATIVITY OF ST.MARY • 1777 • TEMPERA ON WOOD
This icon is taken from the church of • "Nativity of St.Mary", Vokopole, Berat.
| Crédits Photo : @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
La seconde pièce change complètement de registre. Une icône anonyme de 1777, provenant de l'église de la Nativité de la Vierge à Vokopolë, tout près de Berat, représente précisément cette scène : la naissance de Marie.
Rien ici de la fureur du Jugement dernier, une chambre à coucher byzantine,
rideau rouge tiré sur un lit, sainte Anne allongée et déjà entourée de servantes
qui lui apportent linge et nourriture, saint Joachim debout à son chevet.
Au premier plan, presque en contrebas de la scène principale, une femme assise donne le bain au nouveau-né dans une bassine, un geste d'une tendresse
toute domestique, presque intime, que la tradition iconographique byzantine
a toujours su ménager au cœur même de ses scènes les plus sacrées.
Deux commandes, deux registres, un même atelier local : d'un côté l'effroi pédagogique du Jugement dernier, peint jusque sur un tronc à offrandes
pour rappeler au fidèle, avant même qu'il n'entre dans l'église, ce qui l'attend
s'il n'y dépose rien ; de l'autre la douceur d'une naissance, peinte pour une petite église de village. Entre les deux, la même main albanaise, au fond, cherche à dire
la même chose : que rien, dans une vie, n'échappe au regard peint.
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Ainsi Parlait l'Œil écoute, Ainsi Parlait l'Art
# 43 • Colline Rouge de Tirana • Atelier du peintre Sali Shijaku • Tirana • Albanie • Gallery Photos • Extrait: Carnet de voyage Ainsi parlait l’Œil écoute, Ainsi Parlait l' Art
Pour en savoir plus : Le lien est dans la Bio
https://ainsiparlaitlart.blogspot.com
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