# 38 • Margegaj • vallée de Valbona • Albanie • Gallery Photo • Extrait: Carnet de voyage Ainsi parlait l’Œil écoute, Ainsi Parlait l' Art
À Margegaj, village posé à l'entrée de la vallée de Valbona, une rue porte le nom d'Azem Hajdari, preuve que la mémoire de cet homme, déjà racontée à propos
L'islam s'est installé plus lentement dans ces hautes terres du nord qu'ailleurs
en Albanie. Arrivé avec la conquête ottomane au XVe siècle, il s'impose rapidement dans les villes, Shkodra et Lezhë sont déjà majoritairement musulmanes dès le XVIe siècle, mais il se heurte, dans les montagnes gheg, à la résistance de l'Église catholique et à un relief qui protège autant les foyers de résistance religieuse que les foyers
de résistance politique que ce blog a déjà raconté. À la fin du XVIIe siècle, environ deux tiers des Albanais s'étaient convertis, tandis que des poches catholiques subsistaient autour de Shkodra et dans la Malësi e Madhe; le sud du pays restait majoritairement orthodoxe. Les Ottomans favorisèrent aussi, dans le centre et le sud surtout, l'ordre soufi des Bektashis, plus mystique et plus tolérant, nettement moins présent dans ce nord resté globalement d'obédience sunnite plus stricte.
Cette histoire religieuse a connu, au XXe siècle, une rupture d'une brutalité, rare.
En 1967, Enver Hoxha proclama l'Albanie premier État athée du monde :
toutes les religions furent interdites par la Constitution, environ 740 mosquées fermées, détournées de leur usage ou détruites à travers le pays, aux côtés des lieux
de culte orthodoxes et catholiques, avec plusieurs centaines d'imams emprisonnés
ou exécutés. Il faudra attendre la mort du dictateur, en 1985, puis la chute du régime, pour qu'une timide renaissance s'amorce : dès 1992, une centaine de mosquées avaient rouvert leurs portes. La mosquée de Margegaj, comme la plupart de celles croisées depuis Shkodra, porte encore la marque de cette histoire : un bâtiment récent, reconstruit après coup, où l'imam tient aujourd'hui moins le rôle d'autorité juridique qu'il occupait à l'époque ottomane, quand le droit religieux coexistait
avec le Kanun, qu'un rôle de reconstruction, discrète et patiente, d'une continuité spirituelle rompue pendant plus de vingt ans.
et ses cascades, dans une explosion de vert. L'été, frais pour la saison,
guère plus de 22 °C en juillet-août, laisse la rivière courir, transparente et turquoise, sur son lit de galets blancs, entre les hêtraies centenaires. L'automne referme le cycle avant que la neige ne revienne. Un régime de précipitations parmi les plus généreux d'Albanie, jusqu'à 3000 mm par an par endroits, explique à lui seul la luxuriance
de cette vallée qui s'ouvre maintenant devant nous.


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