# 27 • Vendredi 9 octobre 1936 Appollonia • Vlorë • Roi Zog 1er • Musée Zog 1er • Albanie • Extrait: Carnet de voyage d'Ainsi parlait l' Œil écoute, Ainsi Parlait l' Art
Un roi, un musée et deux ans et demi de répit : Vlorë, 6 octobre 1936
Dans le petit musée aménagé au cœur du site d'Apollonia, un panneau discret présente des coupures de presse jaunies • Le Petit Parisien et L'Excelsior, deux quotidiens parisiens datés des 8 et 9 octobre 1936 • et une série de photographies de cérémonie.
De quoi raconter un épisode oublié des relations franco-albanaises, à l'ombre d'un roi dont le règne touchait déjà, sans le savoir, à sa fin.
Le 6 octobre 1936, un musée archéologique et historique est inauguré à Vlorë, sur la côte adriatique. Le choix du lieu n'est pas anodin : le bâtiment est celui-là même où siégea le tout premier gouvernement albanais, en 1912, après la proclamation d'indépendance d'Ismail Qemali.
On y installe les trouvailles de la mission archéologique française conduite depuis 1923 par Léon Rey (1887-1954), figure déjà croisée sur le chantier du bouleutérion d'Apollonia, qu'il a fouillé et partiellement reconstitué.
La date de l'inauguration n'est pas choisie au hasard non plus : le 6 octobre est la veille de l'anniversaire de naissance du roi Zog Ier, né le 8 octobre 1895 — le musée porte d'ailleurs son nom, « musée Zogu Ier ».
La cérémonie rassemble un aréopage albanais et français : le ministre de l'Instruction publique Nush Bushati, l'évêque de Berat, le maire de Vlorë Ali Asllani, ainsi que Léon Rey lui-même et le ministre de France à Tirana, Louis Mercier. Une photographie de groupe conservée au musée dénombre pas moins de dix-sept personnalités présentes ce jour-là, Français et Albanais côte à côte — jusqu'à un consul de Belgique. La presse parisienne, elle, couvre l'événement en quelques lignes sobres, presque protocolaires, glissées entre les nouvelles du jour.
Ahmet Zogu, l'homme dont on fête l'anniversaire ce jour-là, a un parcours singulier : Premier ministre en 1922, président de la République en 1925, il se proclame roi des Albanais le 1er septembre 1928, sous le nom de Zog Ier. Le personnage cultive une image de souverain moderniste — codes civil, pénal et commercial dès 1929, abolition de la féodalité, laïcisation de l'État — tout en gouvernant de manière très personnelle, sinon autoritaire. Mais cette modernisation a un prix : Zog dépend de plus en plus, année après année, des prêts et de l'influence politique de l'Italie fasciste de Mussolini, seul soutien extérieur disposé à financer son régime.
L'ironie de la date ne s'invente pas. Ce 6 octobre 1936, sous les flashs et les discours protocolaires, rien ne laisse deviner que le royaume vit ses dernières années. Deux ans et demi plus tard, le 7 avril 1939 — jour de Pâques —, les troupes italiennes envahissent l'Albanie. Zog, incapable de résister, fuit le pays avec sa famille pour ne jamais y revenir ; il mourra en exil en 1961, sans avoir revu son royaume. Le musée de Vlorë, lui, survit à la chute de son fondateur nominal — une trace tangible d'une coopération scientifique franco-albanaise qui, elle, s'est poursuivie jusqu'en 1938, presque jusqu'au bout.




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