Ophélia Jacarini • L'Œil écoute — Ainsi Parlait l'Art • Le Triptyque du Mouvement • H.D CONTEMPORARY ART GALLERY • Paris • Mai 2026

Performance de Ketsia Danso-Manu au vernissage d'EN MOUVEMENT • H.D Galerie, Paris, mai 2026

• © Ophelia Jacarini. Droits d'auteur. Tous droits réservés.

I — L'ABSENTE

Le tissu de Ketsia vole, et notre corps simule le poids de ce tissu avant même que la raison intervienne. Les neurones miroirs s'activent : on ressent l'effort des bras, la vitesse du geste, le souffle de l'air déplacé. Et les chaussures rouges, seul point chaud dans un univers entièrement noir, attirent le regard malgré nous. Quelque chose brûle, ici. Dans ce noir.

La forme du tissu en mouvement et la forme peinte derrière sont les mêmes. La résonance entre les deux active les centres du plaisir esthétique avec une intensité que ni l'œuvre seule ni la performance seule n'auraient produite. Le vernissage a accompli quelque chose que nul commissaire n'aurait pu préméditer seul.

Dans les retables médiévaux, les panneaux latéraux portent les saints qui s'inclinent vers le mystère du panneau central. Ici, Ketsia est ce saint, elle incarne la vision d'Ophelia, elle lui prête son corps, elle fait exister dans la chair ce que les peintures contiennent dans la matière. L'artiste a disparu de sa propre œuvre. Et c'est précisément cet effacement qui rend l'image sacrée.

L'œil écoute

Ophelia est absente de cette image. Et pourtant tout y est d'elle, la peinture, le tissu, l'espace, la lumière. Les chaussures rouges de Ketsia : Ophelia n'a pas encore repris ce rouge. Elle l'a prêté à une danseuse le soir du vernissage. Elle attend de le reprendre.


II — Le PHŒNIX

• Ophelia Jacarini dans son atelier, Paris 9e • 2026
• Tissu noir, flammes, peintures noires sur lin, sculptures dorées
• © Ophelia Jacarini. Droits d'auteur. Tous droits réservés.

Le feu active les réflexes de survie avant tout jugement esthétique.
La combinaison, flammes orangées et ailes noires, déclenche deux messages contradictoires : danger et envol. Le cerveau reçoit les deux simultanément.
Cette tension irrésolue est exactement l'état esthétique, le moment où le corps
ne sait pas encore ce qu'il ressent.


Tout le parcours chromatique est contenu dans cette seule image. Le noir des peintures actuelles. Le feu orangé-rouge, la série à venir. Les sculptures dorées visibles à droite, Femininity in Motion. Le feu ne vient pas de l'extérieur. Il vient de l'intérieur du noir.
C'est ce que les peintures noires contiennent sans encore le révéler.

Le panneau central du triptyque, la figure divine au cœur du retable.
La flamme qui ne s'éteint pas, le tabernacle ouvert. Ce n'est plus Ophélie qui dérive et disparaît comme dans le poème de Rimbaud. C'est Ophélie qui s'embrase et s'envole.
Elle ne demande plus à être vue. Elle est le foyer.
L'œil écoute

Le feu vient de l'intérieur du noir, pas de l'extérieur. Quelque chose brûle depuis l'intérieur de la matière noire et cherche à sortir. C'est la série rouge qui attend depuis 2017 — depuis les cordes rouges de SENSITIVENESS dans la boîte de verre à Hong Kong. C'est aussi ce que le sceau blanc cache : sous la rémanence nacrée, il y a du feu.I

II — LE SILENCE

• Ophelia Jacarini, portrait contemplatif dans son atelier, Paris 9e • 2026
• La balançoire jaune visible en bas à gauche • Le lustre à cristaux en haut à droite
• © Ophelia Jacarini. Droits d'auteur. Tous droits réservés.

La posture d'Ophelia, droite, bras le long du corps, regard oblique vers le haut, est une posture d'écoute. Le corps du spectateur l'imite. On s'arrête avec elle. La respiration ralentit. 
Après le tissu volant de Ketsia, après le feu des ailes,ce calme est une résolution physique, presque musicale.
Trois détails que le regard distrait manquerait. La corde suspendue au plafond à gauche, connexion directe à SENSITIVENESS, aux cordes rouges de 2017. Le lustre à cristaux 
en haut à droite, le théâtre permanent dans l'atelier. Et en bas à gauche : une balançoire jaune. Objet d'enfance, seule couleur chaude et lumineuse de toute l'image. 
Ce jaune dit quelque chose que le noir ne peut pas dire.
Le panneau droit du triptyque. Elle ne regarde pas ses œuvres. Elle regarde au-dessus 
et à gauche — vers quelque chose que le cadre ne contient pas. Elle voit quelque chose 
que nous ne voyons pas encore. La prochaine œuvre. La prochaine couleur. 
Ce qui n'a pas encore de forme.
L'œil écoute
La balançoire jaune est vide. Elle attend. Mouvement suspendu, ni le va-et-vient de l'enfance, ni l'immobilité de l'oubli. L'attente pure. C'est exactement ce que cette troisième image est : l'attente de ce qui vient après le feu.

CE QUE JE CROIS VOIR, ET SA CONTRE-ARGUMENTATION

Il faut regarder plus longuement. Et s'approcher. Et rester dans le doute.

En regardant longuement cette troisième image, quelque chose se dévoile, ou croit se dévoiler. La chevelure bouclée d'Ophelia, dense, sombre, volumineuse, et la forme peinte derrière son épaule droite et sa tête, ce drapé noir qui s'ouvre et ondule, semblent ne faire qu'une. 
Le cerveau complète la continuité entre les deux matières et perçoit une spirale là 
où se rejoignent les cheveux vivants et la peinture.

Mais voici la contre-argumentation.

Une photographie fige un instant parmi des milliers possibles. Deux secondes plus tôt ou plus tard, la chevelure aurait formé un angle différent, peut-être une diagonale, peut-être rien 
de remarquable. La spirale dépend entièrement de cet instant précis, de cette focale, 
de cet angle de prise de vue. Elle n'est peut-être pas dans l'œuvre. Elle est peut-être 
dans la rencontre entre une image fixe et notre regard à cet instant particulier de l'analyse.
Le cerveau humain est un chercheur de formes irrépressible, ce que les neurosciences nomment l'apophénie : la perception de connexions significatives entre éléments non reliés. 
Il voit des visages dans les nuages, des animaux dans les taches d'encre. La loi de Gestalt décrit un mécanisme automatique et non discriminant, elle ne garantit pas que la forme perçue soit intentionnelle. Nous pourrions être victimes de notre propre système interprétatif, 
si cohérent qu'il finit par trouver dans les images ce qu'il cherche à y trouver.

Ce que la contre-argumentation ne détruit pas.

Même si la spirale est involontaire. Même si elle est un accident de lumière et de cadrage. Même si notre lecture est projetée. 

La question reste entière, c'est elle qui compte : le corps et l'œuvre sont-ils la même matière ?

Cette question est au cœur de tout ce que fait Ophelia Jacarini depuis trente ans. 
La spirale n'est qu'un prétexte pour la poser. Un bon prétexte, peut-être le meilleur.

LA PROGRESSION DU TRIPTYQUE • CE QUE LA SPIRALE RÉVÈLE

Dans la première image, Ketsia, le tissu en mouvement et la peinture derrière forment la même forme. Corps et œuvre se reflètent.

Dans la deuxième, le feu, Ophelia et ses peintures sont dans le même espace incandescent. Corps et œuvre cohabitent.

Dans la troisième, la spirale, la chevelure et la peinture forment une continuité organique. 
Il n'y a plus de frontière entre les deux. Corps et œuvre se fondent.
Reflet → Cohabitation → Fusion.

CE QUE LE TRIPTYQUE DIT ENSEMBLE

Une artiste qui délègue son mouvement à une danseuse et disparaît.
Une artiste qui est elle-même le feu de son œuvre et s'envole.
Une artiste qui regarde vers ce qui n'existe pas encore et attend.

Trois façons d'être artiste. Trois rapports au mouvement.
L'effacement. L'embrasement. La contemplation.


Et dans chaque image, les chaussures rouges de Ketsia, le feu orange au centre du noir, 
la balançoire jaune vide, disent la même chose à qui veut l'entendre : le rouge n'est pas l'avenir. C'est le retour.

« C'est un voyage sans fin, j'explore constamment tous les moyens possibles d'apporter 
de la visibilité à l'invisible. »

Ophelia Jacarini, 2022

L'œil écoute.

Ainsi Parlait l'Art.

Gérard Pocquet


• À venir : l'interview d'Ophelia Jacarini par Gérard Pocquet pour Ainsi Parlait l'Art.
• Exposition EN MOUVEMENT • H.D CONTEMPORARY ART GALLERY • 45 rue Vivienne, Paris 2e • 

OPHELIA JACARINI
www.ophelia-jacarini.com
Instagram : @opheliajacarini
H.D CONTEMPORARY ART GALLERY
45 rue Vivienne, 75002 Paris
Hamza Djelassi
www.hdgalerie.fr
https://www.instagram.com/_tchatcha___/ Ketsia Danso-Manu — Performance En Mouvement
L'Art Universel • L'Art Sacré • L'Art Singulier d'Ici et d'Ailleurs
Gérard Pocquet Ainsi Parlait l'Art
ainsiparlaitlart@proton.me
@ainsiparlaitlart_gerardpocquet


Ophélia Jacarini • L'Œil écoute — Ainsi Parlait l'Art • Le Triptyque du Mouvement • H.D CONTEMPORARY ART GALLERY • Paris • Mai 2026
Pour en savoir plus : Le lien est dans la Bio
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