Ruttkowski;68 in Paris • Stefan Sagmeister & Meuser • Finally, a Good Exhibition • 11.10.2026 – 08.11.2026 • Meuser : le fer qui a déjà vécu • 👁️ L'œil écoute • Ainsi Parlait l'Art.
Meuser : le fer qui a déjà vécu
À l'occasion de « Finally, a Good Exhibition », Stefan Sagmeister & Meuser, Ruttkowski;68, Paris, du 11 octobre au 8 novembre 2026. Preview presse du 8 octobre. Consacré aux sculptures de Meuser.
Une caisse, métal bleu-lilas, haute, inclinée, posée sur une petite table d'acier. Les flancs sont striés de gris et de mauve ; les bords sont tordus ; des trous de boulons dans la tôle. C'est l'image choisie par Ruttkowski;68 pour annoncer l'exposition, une des œuvres de Meuser. Pas un mot d'explication sur le carton. Seulement ,cet objet debout, un peu de travers, qui a l'air de revenir de quelque part.
La soudure qu'on ne cache pas
Avant d'être regardée, cette sculpture se touche des yeux. Meuser, né en 1947 à Essen, vit à Karlsruhe. Depuis les années 1970, il va chercher son matériau dans les casses : fer, acier, rebuts d'usine. Ses assemblages dorés-bruns, ses panneaux "rouge ferroviaire", ses tubes noirs dont les soudures sont visibles, leurs rayures, leurs bosses. Rien n'est poli pour faire oublier d'où cela vient. Devant l'assemblage qui dresse ses barres inclinées autour d'un disque, la main du regard sent la brosse qui est passée sur le métal, la patine, la chaleur sourde de la rouille.
Un corps de tôle
La matière devient chair. Dans un cadre sur pied, une feuille de métal froissée pend comme un torse sans tête, plis et replis, une tache jaune à la base comme une meurtrissure. On ne la regarde pas, on la ressent : le corps du visiteur rejoue le choc qui l'a pliée, se redresse devant les verticales qui penchent, contourne l'objet pour retrouver son aplomb. Plus loin, un grand panneau rouge-brun, aux bords relevés, marqué d'une plage pâle comme une cicatrice qui se referme, repose sur des tubes noirs. La rouille est ici une couleur de sang séché. Ces tôles ont une peau, et une mémoire.
Des cadres sans message
Alors seulement l'œil cherche à lire. Mais il n'y a rien à lire. Les cadres ressemblent à des panneaux d'affichage dont l'annonce aurait disparu, la tôle froissée a pris la place de l'affiche. Meuser a étudié auprès de Joseph Beuys et d'Erwin Heerich à Düsseldorf, collaboré avec Martin Kippenberger, enseigné à l'Académie de Karlsruhe de 1992 à 2015. Il a tracé un trait sur la théorie. À côté, sur le mur, Equality & Tolerance de Sagmeister affiche son coefficient de Gini en disques jaunes laqués. D'un côté, un chiffre, de l'autre, un objet qui ne chiffre rien. La même question de l'égalité, posée par la donnée et par le déchet.
Ce que le métal laisse entendre
Il y a, dans ces formes, une humilité qui n'a pas besoin d'être nommée. Un portail rouillé devient une porte fermée, un cadre vide devient une icône sans image, un panneau à moitié effacé garde la trace d'une main qui l'a essuyé. Le sens ne vient pas d'un or ajouté : il vient de ce qui a été abaissé, puis relevé. La galerie l'écrit en une phrase : les choses considérées comme inutiles ou bonnes à jeter ont encore une longue vie devant elles.
Le silence du fer
On quitte la salle sans avoir rien appris, c'est peut-être ce que cherchait Meuser. Aucun chiffre n'est resté en tête. Reste un poids, une inclinaison, une teinte de rouille et de jaune, la sensation d'avoir été regardé par un objet qui n'a rien à dire.
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Stefan Sagmeister & Meuser — Finally, a Good Exhibition Ruttkowski;68, 8 rue Charlot, 75003 Paris Du 11 octobre au 8 novembre 2026• À la Gaîté Lyrique : Finally, Something Good, à partir du 15 octobre 2026
👁️ L'œil écoute • Ainsi Parlait l'Art. Gérard Pocquet. @ainsiparlaitlart_gerardpocquet






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