đŹ L'AFFICHE A PARLĂ • RESIDENT EVIL • RĂ©alisĂ© par Zach Cregger • METROPOLITAN FILMS • GĂ©rard l'a vu • đ️ L'Ćil Ă©coute, Ainsi parlait l'art
L'Affiche a parlĂ© · GĂ©rard l'a vu · Ainsi parlait l'art
RESIDENT EVIL
Zach Cregger pose la camĂ©ra sur l'Ă©paule d'un coursier — deux affiches, deux silences
Deux affiches "teaser", deux silences.
Sur la premiÚre, un téléphone mural ensanglanté, qui ne sonnera plus, et un homme assis au ras du cadre, les yeux écarquillés sur ce que nous ne voyons pas.
Sur la seconde, une rue-canyon sous la neige, des silhouettes au bord des toits, et un coursier de dos qui marche vers une tour perdue dans la brume. Le 16 septembre, Zach Cregger, « le rĂ©alisateur d'Ăvanouis et de Barbare », a emmenĂ© les spectateurs dans cette rue. Voici ce que les affiches promettaient, et ce que l'Ă©cran a tenu.RĂ©alisation : Zach Cregger · ScĂ©nario : Zach Cregger et Shay Hatten
Avec : Austin Abrams (Bryan), Paul Walter Hauser, Kali Reis, Zach Cherry
Image : Dariusz Wolski, film tournĂ© pour l'IMAX · Musique : Ryan et Hays Holladay
En salles : 16 septembre 2026 · AllocinĂ© : presse 3,8 · spectateurs 3,8
Synopsis : Bryan, coursier médical, accepte de livrer un colis biomédical. Une seule nuit, aucune échappatoire, et une horreur qui engloutit tout sur son passage.
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Premier regard : l'affiche du téléphone
Ce que l'on voit. Un mur tapissé d'un papier peint à fleurs fané, taché, qui s'écaille. Au centre haut, un téléphone mural à touches, éclaboussé de sang, son cordon spiralé pendant dans le vide. En bas, un homme assis, les cheveux collés au front, le visage maculé, la bouche entrouverte. à gauche, contre le mur, la ligne sombre d'une arme.
Plans et cadrage. Tout est net, tout est frontal : le tĂ©lĂ©phone en gros plan, l'homme en plan rapprochĂ© Ă hauteur de poitrine, le mur en fond plat. Pas de profondeur, pas de fuite, comme une photographie de scĂšne de crime. Le tĂ©lĂ©phone occupe l'axe central, en haut ; le visage, dĂ©centrĂ© vers le bas, forme avec le titre et l'appareil un triangle que l'Ćil parcourt sans cesse. Les lignes dominantes sont verticales : le cordon, les lĂ©s du papier peint, l'arme ; elles enferment le personnage comme les barreaux d'une cage.
Couleurs et lumiÚre. Un fond gris-vert sale, des beiges éteints, une palette froide, ternie, presque sans soleil. Une seule note chaude : le rouge, celui du sang sur le combiné et celui du titre. La lumiÚre est intérieure, blafarde, sans source visible : elle vient de hors-cadre, d'en haut et de face, et laisse le visage dans un éclat un peu cruel.
Le personnage et le texte. Un seul homme, qui ne nous regarde pas : son regard file hors champ, vers ce qui approche. Le texte est discret : « Par le rĂ©alisateur de ĂVANOUIS » en tĂȘte, le titre RESIDENT EVIL en lettres rouges rongĂ©es juste sous le tĂ©lĂ©phone, puis la date, « Exclusivement au cinĂ©ma le 16 septembre », et la mention « FilmĂ© pour IMAX ». Pas de phrase d'accroche : la signature d'auteur en tient lieu.
Verdict. Une affiche économe, efficace, qui parie sur l'angoisse domestique plus que sur le spectacle. Elle donne envie, à condition de connaßtre la signature de Cregger : sans elle, rien n'annonce la franchise, ni la neige, ni l'ampleur. Réussie, mais plus affiche d'auteur que d'adaptation.
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Premier regard : l'affiche de la rue sous la neige
Ce que l'on voit. Une avenue verticale, symĂ©trique, prise en tenaille par deux immeubles sombres qui se rejoignent dans le brouillard. Au fond, une tour pĂąle, couronnĂ©e d'un halo de lumiĂšre. Sur les rebords et les balcons, des silhouettes debout, penchĂ©es sur le vide. En bas, deux carcasses de voitures dont l'une, retournĂ©e, brĂ»le, et un brasier sur la droite. Au centre, un homme de dos, bonnet sur la tĂȘte, une arme pendant Ă la main, un sac isotherme vert marquĂ© d'une croix blanche en bandouliĂšre. La neige tombe en biais.
Plans et cadrage. Trois plans bien distincts. Au premier plan, net : le coursier, les voitures, le feu. Au plan intermĂ©diaire, les façades, dĂ©jĂ plus floues. En arriĂšre-plan, la tour, presque effacĂ©e par la brume : c'est la perspective atmosphĂ©rique, celle des peintres, oĂč la distance se mesure au flou. L'avenue est en plan d'ensemble, le personnage en plan moyen. Le sujet est centrĂ© sur l'axe : la composition est strictement symĂ©trique, avec un point de fuite unique vers la tour. Les verticales des immeubles et la ligne de fuite centrale dominent ; les obliques des toits, des rebords et de la neige donnent le mouvement.
Couleurs et lumiÚre. Un monde bleu-gris, froid, désaturé, clair en haut et sombre en bas. Deux taches chaudes seulement : le rouge du titre et du bandeau supérieur, et l'orange des flammes. La lumiÚre est extérieure et diffuse, filtrée par la neige et le brouillard, mais une source dirigée existe, dans le cadre : l'éclat laiteux au sommet de la tour, vers lequel tout converge.
Le personnage et le texte. Un seul ĂȘtre au premier plan, de dos : il ne regarde ni le spectateur ni le cadre, il regarde la tour. Nous sommes derriĂšre son Ă©paule, avec lui. En haut : « Par le rĂ©alisateur de ĂVANOUIS et BARBARE », en rouge. Au centre, le titre rouge sang, large et fissurĂ©. Dessous : « Exclusivement au cinĂ©ma / le 16 septembre ». Le texte occupe peu de surface et se dĂ©tache par sa couleur sur le gris. Les logos de Metropolitan Filmexport, Davis Films et Constantin Film sont rangĂ©s en pied.
Verdict. Plus ample, plus spectaculaire, plus généreuse que la premiÚre. Elle donne envie parce qu'elle raconte un trajet : un point A, un point B, et tout ce qu'il y a entre les deux. Réussie, avec une réserve : le brouillard, la neige et les silhouettes sur les toits pourraient évoquer d'autres fins du monde, et seuls le sac vert à croix blanche, le feu et le rouge du titre donnent à cette rue son identité propre.
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AprĂšs la projection : les affiches ont-elles tenu parole ?
Oui, et d'une façon inattendue. La seconde affiche est presque un rĂ©sumĂ© du dispositif du film. Selon le dossier de presse, Cregger a voulu une camĂ©ra « verrouillĂ©e par-dessus l'Ă©paule » de Bryan, Ă la maniĂšre des jeux, oĂč l'on est « perchĂ© sur l'Ă©paule de quelqu'un » : c'est exactement la place que l'affiche nous assigne, derriĂšre le coursier. Le sac isotherme vert qui ne le quitte pas, la neige, la nuit, les cadavres projetĂ©s du haut des toits sur la chaussĂ©e (baptisĂ©s « Jumper Street » par l'Ă©quipe), les voitures calcinĂ©es et l'hĂŽpital que l'on aperçoit au loin : tout est lĂ . Quant Ă l'affiche du tĂ©lĂ©phone, elle annonce un autre versant du film, celui de l'horreur de proximitĂ©, des intĂ©rieurs, des refuges qui se referment. Le film change de dĂ©cor toutes les sept ou huit minutes, de la route enneigĂ©e Ă la ferme, du tunnel au camping-car, jusqu'aux Ă©gouts : l'affiche en retient le huis clos.
Ce que les deux affiches taisent, en revanche, c'est le rire. Elles sont sombres, sĂ©rieuses, presque recueillies, alors que le film assume un humour qui surgit, comme Cregger en a l'habitude, au beau milieu de l'horreur. C'est un Ă©cart honnĂȘte, et peut-ĂȘtre une stratĂ©gie : on promet la peur, on garde la surprise.
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L'Ćil de GĂ©rard
Austin Abrams porte magnifiquement le film. Une mise en scÚne rondement menée, des effets spéciaux à vous faire sauter ou vous enfoncer dans le fauteuil, et parfois des rires qui fusent malgré le tragique de la situation. Presse et spectateurs ne se sont pas trompés (3,8 des deux cÎtés sur Allociné) : le plaisir cinématographique était au rendez-vous.
Les deux affiches, elles, ne mentent pas : l'une enferme, l'autre ouvre, et le film fait les deux. Il enferme Bryan dans une nuit, il l'ouvre Ă tous les dĂ©cors de l'enfer. Entre les deux, un coursier, un colis, une croix blanche sur fond vert, et cette idĂ©e trĂšs simple, trĂšs ancienne, qu'une mission, mĂȘme minuscule, peut donner Ă un homme une stature.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.
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