Le Knife Coat de Stefan Sagmeister : le manteau qui porte six siècles de meurtres • FINALLY SOMETHING GOOD" • L'exposition de Stefan Sagmeister • GAÏTÉ LYRIQUE • 15.10.26 _ 18.04.27 •
THE KNIFE COAT
PERSONNES TUÉES PAR UNE AUTRE PERSONNE, POUR 100000 HABITANTS, en EUROPE
1400 35 meurtres • 1750 11 meurtres • 1900 3 meurtres • 2020 2 meurtres
Source: Manuel Eisner, via Our World in Data
Crédits photo: @ainsiparlaitlartt_gerardpocquet
Le Knife Coat de Stefan Sagmeister : le manteau qui porte six siècles de meurtres
À l'occasion de « Finally, Something Good », Stefan Sagmeister, Gaîté Lyrique, Paris, du 15 octobre 2026 au printemps 2027. Visite de presse du 14 octobre. Prolonge le post d'annonce.
Un manteau accroché à un mur gris-bleu, sur un cintre blanc. Le tissu est d'un gris clair, légèrement chiné. Dessus, des couteaux noirs, des dizaines, jetés en désordre, lames vers le haut, vers le bas, de travers, comme tombés d'un tiroir. Le col porte l'étiquette SAGMEISTER. La veste s'entrouvre, un rouge vif, presque cru, celui d'une doublure de satin. C'est le Knife Coat, l'une des pièces de Finally, Something Good à la Gaîté Lyrique.
Le manteau qu'on touche du regard
Avant de lire quoi que ce soit, le corps répond. Un manteau, c'est un objet qui s'enfile : on imagine le poids de la laine sur les épaules, la boutonnière, la manche. C'est ce vêtement-là que couvrent des lames. Le motif est presque joli de loin : un semis de silhouettes sombres sur fond pâle, comme une toile d'été. De près, il pique. Chaque couteau a son trou à la base du manche, la forme exacte d'un couteau de cuisine. On porterait volontiers ce manteau, on hésite à le toucher.
La doublure qui compte
Il faut ouvrir la veste. Le manteau se met à parler. Sur le satin rouge, une colonne de couteaux noirs, du plus grand au plus petit, chacun précédé d'une année et d'un nombre : 1500, 25 murders ; 1800, 3 murders ; 1900, 3 murders ; 1950, 2 murders ; 2000, 2 murders. En bas, le titre de la mesure : « Homicides in Europe, 1400-2000, per 100,000 people ». La lame du couteau rétrécit à mesure que le nombre baisse. À force de descendre, le couteau n'est plus qu'un trait.
Lire le mur
Sur le mur, à côté, le texte est écrit à la main, au feutre noir, en deux langues : « Personnes tuées par une autre personne, pour 100 000 habitants, en Europe », puis la version anglaise, « People dying by the hand of another man ». En dessous, en petit : 1400, 35 meurtres ; 1750, 11 ; 1900, 3 ; 2020, 2. Source : Manuel Eisner, via Our World in Data. En six siècles, on est passé de trente-cinq à deux morts pour cent mille habitants. Le chiffre le plus dur de l'histoire de l'Europe est devenu, dans cette salle, une doublure de manteau.
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Crédits photo: @ainsiparlaitlartt_gerardpocquet |
Ce que dit le texte du mur
Un autre texte, de la main de Sagmeister, est affiché dans l'exposition. Il rappelle que ses expositions précédentes, consacrées au bonheur et à la beauté, étaient faites pour avancer des idées, mais que rien n'y était à vendre. Celle-ci est différente : elle est faite pour être achetée. Accrochée dans un salon, pour accompagner la vie. Comme un rappel que les tendances sur les réseaux sociaux ne reflètent pas toute la réalité. Ce n'est pas la fin du monde. Si cela vous intéresse, contactez Samia, chez Ruttkowski;68.
Ce déplacement est le vrai geste de l'exposition. Le chiffre ne reste plus dans le musée : il va chez vous. On l'accroche, on le croise tous les matins, il fait partie du décor. Un manteau, un tableau recouvert, une sculpture : l'optimisme, ici, se porte, se pose sur un mur, se regarde en passant.
Ce qui reste, une fois le manteau refermé
On sort avec deux images. D'un côté, le semis de couteaux noirs, désordonné, menaçant. De l'autre, le rouge de la doublure où la lame, siècle après siècle, devient minuscule. Le plus violent est à l'extérieur, le plus apaisé contre le corps. C'est peut-être cela que le manteau propose : porter la violence du passé comme un vêtement, et savoir qu'à l'intérieur, au chaud, elle a diminué.
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| "FINALLY SOMETHING GOOD" • L'exposition de Stefan Sagmeister • GAÏTÉ LYRIQUE • 15.10.26 _ 18.04.27 • Crédits Photo © Henry Leutwyler |
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Gaité Lyrique : Crédits photo: @ainsiparlaitlartt_gerardpocquet |
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Stefan Sagmeister • Finally, Something Good Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, 75003 Paris À partir du 15 octobre 2026 (fin à confirmer : 18 ou 27 avril 2027) Œuvres à vendre : contacter Samia Bahemmouche, Ruttkowski;68
👁️ L'œil écoute, @ainsiparlaitlartt_gerardpocquet






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