đŹ L'AFFICHE A PARLĂ • DIGGER • CREUSE ou CRĂVE • Film d'Alejandro GonzĂĄlez Iñårritu • avec TOM CRUISE • đ️ L'Ćil Ă©coute • Ainsi Parlait l'Art
L'Affiche a parlĂ© · GĂ©rard l'a vu · Ainsi parlait l'art
DIGGER : l'affiche promet un pantin, le film montre un systĂšme
Une pelle, un globe, un slogan : « Creuse. Ou crĂšve. » Deux affiches pour un mĂȘme homme, deux promesses.
Film d'Alejandro GonzĂĄlez Iñårritu, avec Tom Cruise, Sandra HĂŒller, Riz Ahmed, John Goodman, Jesse Plemons et Michael Stuhlbarg. En salle depuis le 30 septembre 2026 · 2 h 09.
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Ce que l'affiche fait au corps
Avant toute idĂ©e, il y a une verticale. Un homme en pied, droit comme un piquet, et Ă cĂŽtĂ© de lui le manche d'une pelle qui double sa silhouette. Puis la botte posĂ©e sur un globe, le regard glisse vers le bas, vers le poids du monde. DerriĂšre, une fresque peinte : des vagues qui tournent, un iceberg, des constellations. Les courbes du fond font tourner l'Ćil, la droite du personnage l'arrĂȘte.
La composition est sage, presque classique : un plan d'ensemble, le sujet à peine décentré, un fond peint plutÎt que photographié, dans des bleus-verts froids que seuls le costume clair et le titre crÚme viennent éclaircir. La lumiÚre est celle d'un intérieur, étale, sans source visible, comme au théùtre quand on éclaire un décor. Le texte reste sobre : le slogan en haut à gauche, le titre taillé en lettres arrachées, comme sorti de terre.
C'est une affiche qui pose, qui prend son temps. Elle est réussie parce qu'elle tient son sujet sans le dire : un homme, un outil dérisoire, le monde sous sa semelle.
Changement de registre. Ici tout est à plat : trois aplats aux bords déchirés (turquoise, vert, orange), un papier grainé, une silhouette découpée qui flotte sans ombre, sans sol. La diagonale de la pelle traverse l'image, les jambes écartées dessinent un triangle, et le personnage se tourne vers le hors-champ, sourcils levés, bouche entrouverte : il ne nous regarde pas, il est surpris par quelque chose que nous ne voyons pas.
Le visage et la pelle sont en noir et blanc, le costume bordeaux en couleur saturée. Le procédé fait de l'homme un masque : la figure est figée, seul l'habit parle. Les papiers découpés de Matisse ne sont pas loin, passés à la moulinette du pop art. Le texte occupe ici beaucoup de place : slogan cerné de lignes creuses, titre en grosses lettres, cinq vignettes jaunes pour la distribution, une longue ligne de noms en bas de l'image. L'affiche vend un spectacle.
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Ce que les signes disent
« Creuse. Ou crĂšve. » Le slogan a deux lames. Creuser, c'est forer : le pĂ©trole, l'argent, la conquĂȘte. Mais « crever » dit autre chose, la mort, la nĂŽtre autant que la sienne. Sur le collage, les lettres sont seulement cernĂ©es, creusĂ©es en creux, comme pour faire Ă©cho au verbe.
La pelle est l'outil du fossoyeur et du paysan, brandie par un magnat du pétrole. Le décalage est le premier trait d'ironie. Le globe est le second : le monde, avec l'Amérique du Nord face au spectateur, sous la botte.
On a aussi une catastrophe annoncée, un iceberg peint au fond de la premiÚre affiche. Le héros, lui, ne le regarde pas.
« Creuser, c'est forer. Mais c'est aussi se creuser sa propre tombe. »
Le film, ensuite : on lĂšve un coin du rideau
Attention, le rideau se lĂšve ici. DIGGER raconte un magnat du pĂ©trole dont les forages au Groenland ont libĂ©rĂ© du mĂ©thane et dĂ©tachĂ© un iceberg qui va frapper l'Europe. Digger et le prĂ©sident des Ătats-Unis rĂ©pandent de fausses informations afin de dĂ©gager leur responsabilitĂ©. Puis le rĂ©cit bascule : tout cela n'Ă©tait que les rĂ©pĂ©titions d'une piĂšce de théùtre, Fossil Fools, jouĂ©e dans un futur proche, devant un public qui sort ensuite du théùtre avec des masques Ă gaz.
La premiĂšre affiche est donc la plus fidĂšle : le dĂ©cor peint, le globe comme accessoire, l'atmosphĂšre de plateau. Elle laisse deviner le théùtre sans le dire. La seconde vend la comĂ©die, le pop, le clin d'Ćil, mais elle tait la noirceur et la mise en abyme. Aucune des deux ne montre l'iceberg ni le tsunami. La catastrophe reste hors champ, comme l'est, dans le rĂ©cit, la responsabilitĂ© de celui qui l'a dĂ©clenchĂ©e.
Voilà pourquoi je dirais : l'affiche promet un pantin, le film montre un systÚme. Le pantin, c'est cette silhouette découpée aux jambes écartées, qu'on peut huer sans risque. Le systÚme, c'est ce que le film déploie : un homme qui retourne l'accusation contre ceux qui l'accusent, en leur rappelant qu'ils n'ont pas eu le courage de se passer de son pétrole, d'un pouvoir qui s'arrange avec lui. La caricature rassure, le systÚme, non.
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L'Ćil de GĂ©rard
J'ai vu DIGGER. Les décors, les costumes et la lumiÚre sont magnifiques, la mise en scÚne est de toute beauté : du grand cinéma. Tom Cruise quitte ses rÎles d'action et montre une fois de plus qu'il est un vrai acteur, avec six heures de maquillage et une voix modifiée, un phrasé rapide qui fatigue vite.
Mais le scénario, intéressant, lasse : au bout de vingt à trente minutes, on a fait le tour du film; on se laisse porter par les images, que la musique vient parfois parasiter. DIGGER est trop long et trop bavard. Sa faiblesse tient au scénario et aux dialogues.
« La magie du théùtre ne s'opĂšre pas toujours au cinĂ©ma. »
Reste une question que l'affiche-collage pose elle-mĂȘme, avec ce visage grisĂ© que chacun peut remplir du nom qu'il veut : Ă qui ressemble ce milliardaire ? Ă quel personnage historique ou contemporain ? Ă qui profite le crime, en filigrane ? Je laisse chacun rĂ©pondre.
Les deux affiches donnent-elles envie de voir le film ? Le collage, oui : il annonce une comédie qui mord. La scÚne est la plus juste et la plus belle, et c'est elle que je garderais.
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L'Ćil Ă©coute.
Ainsi Parlait l'Art.
Gérard Pocquet.
L'Art Universel • L'Art SacrĂ© • L'Art Singulier d'Ici et d'Ailleurs
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