Festival Atmosphères • AMAZONIA, Cœur de la Terre-Mère : « Nous sommes la nature qui se défend elle-même » • Press Release 👁️ L'œil écoute • Ainsi Parlait l'Art
AMAZONIA, Cœur de la Terre-Mère : « Nous sommes la nature qui se défend elle-même »
Avant-première au Festival Atmosphères, Espace Carpeaux, Courbevoie, jeudi 8 octobre 2026. L'œil écoute, Gérard l'a vu.
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Une soirée dédiée au chef Raoni
C'est dans le cadre de la 16e édition du Festival Atmosphères (Courbevoie, du 7 au 11 octobre 2026), rendez-vous gratuit et pluridisciplinaire consacré aux enjeux environnementaux et sociétaux, qu'a été présenté en avant-première AMAZONIA, Cœur de la Terre-Mère à l'Espace Carpeaux. Le festival, placé cette année sous le parrainage de l'artiste Angélique Kidjo et de l'explorateur-chercheur Christian Clot, s'interroge sur la manière de réconcilier les humains entre eux et avec la planète.
Le film, coréalisé par Gert-Peter Bruch, fondateur de Planète Amazone, et la Princesse Esmeralda de Belgique, retrace des décennies de lutte des peuples indigènes du Brésil, à travers les témoignages de représentants de six peuples : reconnaissance de leurs droits, protection de leurs territoires, sauvegarde des écosystèmes. Il se veut un point de départ, le socle d'un projet d'impact consacré à l'éducation interculturelle et à la coopération avec les communautés autochtones.
La rencontre s'inscrivait dans le prolongement d'une mission commune de Planète Amazone et de Sea Shepherd Brasil en terre kayapó, à l'automne 2025, au cours de laquelle Paul Watson a retrouvé le cacique Raoni Metuktire, ravivant un compagnonnage historique entre défenseurs des océans et défenseurs des forêts. La soirée, dédiée au chef Raoni, portait aussi l'esprit de l'Alliance des Gardiens de Mère Nature, lancée à Paris en 2015, lors de la COP21, à l'appel de grands chefs indigènes, avec le soutien de Planète Amazone et de Paul Watson.
Gert-Peter Bruch : agir plutôt que désespérer
Gert-Peter Bruch a ouvert la soirée en remerciant Paul Watson et l'invitée indigène venue du Brésil. Il a dit sa consternation devant les résultats du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne, qu'il juge catastrophiques, et son inquiétude pour la santé du chef Raoni. Son message : répondre par l'action, pas par le découragement.
Il a évoqué Sônia Guajajara, première ministre des Peuples indigènes, qui, dit-il, a été élue députée de São Paulo. Il craint le « détricotage » de ce ministère par un Congrès acquis aux grands propriétaires terriens, même en cas de victoire de Lula au second tour.
Artiste traditionnelle et créatrice de mode autochtone, Delida s'est exprimée en portugais, avec une interprète en salle. Elle a remercié les lideranças présentes et Gert-Peter. Elle a parlé de son peuple et de son territoire, obtenu avec l'aide d'un indigéniste français, et a souhaité rencontrer le chef Raoni.
Elle a surtout pointé un fossé : les aides et fonds annoncés dans les médias n'atteignent pas réellement les communautés isolées, ce qui nourrit l'exode vers les villes. Son appel : « De ce qui est en train d'être fait pour sauvegarder les animaux, les forêts, il faut que cela nous arrive à nous. »
« Cette peinture a une histoire »
Interrogée sur l'éducation, elle a répondu : « Nous avons notre propre pédagogie et nos propres projets éducatifs, nous avons des écoles, pour lesquelles nous avons besoin de soutien. » Un projet pilote amène les plus âgés dans les écoles pour transmettre leurs savoirs, notamment en matière d'art.
Elle a évoqué la peinture qu'elle porte sur le visage : « Elle m'a déjà apporté beaucoup de préjugés, beaucoup de critiques. Mais cette peinture a une histoire. » Elle est convaincue que cette pédagogie indigène finira par s'imposer, chaque peuple ayant sa spécificité. Il faut des manuels qui expliquent aux enfants le sens des peintures, et des dictionnaires pour les langues, faute de soutien financier. L'éducation différenciée reste, dit-elle, une intention plus qu'une réalité, car les dirigeants des écoles non indigènes imposent leur pédagogie.
Paul Watson : « Quand les forêts et les océans meurent, nous mourrons aussi »
Gert-Peter Bruch a ensuite interrogé Paul Watson sur son ressenti face à l'actualité politique brésilienne.
Paul Watson a jugé le film « très bien fait pour la situation » et a rappelé trente-cinq ans de travail avec les Kayapós, depuis 1989. Selon lui, le film sera un outil puissant. Il ne croit pas à la victoire de Bolsonaro acquise et l'espère évitée. Il a pointé le soutien des États-Unis à Bolsonaro et à son entourage, « un régime corrompu essayant d'en ressusciter un autre », et a dit qu'il avait confiance, que l'on se débarrasserait bientôt de Trump.
Puis il a livré la leçon qu'il retient des peuples indigènes : on ne change les choses qu'en changeant de regard, en passant d'une vision anthropocentrique à une vision biocentrique, où nous sommes liés à toutes les espèces. Piller les ressources des autres espèces réduit la diversité et l'interdépendance, et mène à l'effondrement écologique, qui est en cours. « L'océan meurt. Les forêts meurent. Quand les forêts et les océans meurent, nous mourrons aussi. »
Il ne s'agit pas seulement de soutenir les peuples indigènes, mais de décider si nous voulons que nos enfants et petits-enfants restent sur cette planète. La solution ne viendra pas de la politique, a-t-il dit : les dirigeants ont leurs propres maîtres, compagnies pétrolières, minières, agro-industrie, grande pharma. Le changement viendra des gens eux-mêmes, par la passion, le courage, l'imagination et la volonté.
Sur sa rencontre avec les Kayapós, il a parlé du chef Raoni, qui « nous a tous éduqués » et « a quitté la forêt pour nous apporter un message de la forêt ». Et il a repris la formule de Raoni : « Sans bleu, pas de vert ; sans vert, pas de bleu. » Protéger l'océan et la forêt, car tout est lié.
Gert-Peter Bruch : « C'est le roi de l'Amazonie, encore là »
Gert-Peter Bruch a raconté sa dernière visite à Raoni, juste avant la COP30. Le chef était très affaibli. Quand il est sorti de sa maison avec sa coiffe de plumes : « C'est le roi de l'Amazonie, encore là. »
Il s'est dit heureux que Paul Watson soit venu lancer une opération de surveillance du territoire avec les jeunes chefs kayapós, pendant que Raoni, resté dans sa maison, savait ce qui se préparait. « C'était très étrange comme sentiment, parce qu'on savait que ce serait peut-être la dernière fois qu'on le verrait dans son village. » Aujourd'hui, Raoni est en ville : « Je pense qu'il attend la mort, et nous, on va continuer. »
Il a dit sa fierté d'être aux côtés de Paul Watson, présent dès 1989. Lui avait 18 ans, n'était pas encore à Altamira. Quand Raoni est venu à Paris, il est allé le voir : « Je veux m'engager. » Il a arrêté les cours l'année du bac, ses parents l'ont cru fou. « Et aujourd'hui je suis là encore, parce qu'il faut continuer. »
Raoni et d'autres les ont éduqués, a-t-il dit : lorsque le chef partira, quelque chose de lui restera, et nous avons la responsabilité de rester reliés à eux. Il a repris une formule venue des indigènes qui défendent la nature : « Nous sommes la nature qui se défend elle-même. » Et, à la salle : « Vous pouvez, vous aussi, être la nature qui se défend elle-même. »
Les interviews
La Princesse Esmeralda de Belgique : « Ne les oublions pas »
Fille du roi Léopold III, la Princesse Esmeralda co-réalise le film. Gert-Peter Bruch a salué son courage : elle rappelle sans cesse le passé colonial du roi Léopold II, responsable, selon elle, de la mort de centaines de milliers d'Africains, et critique ouvertement cette histoire en Belgique. Il a voulu la rencontrer, et l'envie de travailler ensemble est née dès leur rencontre.
Dans son interview, elle déclare :
« Quand nous avons réalisé et produit le film Amazonia, cœur de la Terre-Mère, Gert-Peter Bruch et moi-même, nous avons voulu donner la parole à toutes ces communautés indigènes du Brésil, à travers les témoignages des plus anciens et des plus jeunes, pour raconter leur histoire, leur combat, qui durent depuis la colonisation, pour leur territoire, leur culture, leurs droits et leur mode de vie.
Aujourd'hui, nous sommes à moins de trois semaines du second tour des élections au Brésil. Et de nouveau, le sort de toutes ces communautés, le sort de l'Amazonie, bien sûr, est dans la balance.
Il ne nous appartient évidemment pas de dire aux Brésiliens comment ils doivent voter. Et ce que nous pouvons faire, c'est soutenir ces communautés indigènes, leur apporter toute l'aide que nous pouvons, leur donner notre collaboration, parce qu'ils sont évidemment les meilleurs gardiens de la biodiversité du monde. Ils sont aussi les habitants de l'Amazonie et de tous les différents biomes du Brésil. Et nous ne pourrons certainement pas résoudre la question climatique ou la question environnementale sans leur aide.
Alors c'est le message que je voudrais donner aujourd'hui : ne les oublions pas, et apportons-leur tout notre soutien. C'était Esmeralda. »
Second tour de l'élection présidentielle brésilienne : 25 octobre 2026. Au premier tour du 4 octobre, Flávio Bolsonaro est arrivé en tête avec 47,03 % des voix, devant Lula (45,16 %).
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Sources : Wikipédia (Paul Watson), AFP via L'Info Durable, Brut, Vikidia ; annonce du festival « via Presse Agence » https://presseagence.fr/courbevoie-ecologie-et-science-le-festival-atmospheres-plonge-le-public-dans-un-futur-a-50c/.







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