Davide Rivalta, Scimpanzè : le visiteur inattendu de la Galerie Mazarin
À l'occasion de « Histoires d'animaux », BnF Richelieu, Galerie Mazarin, du 18 septembre 2026 au 29 août 2027, et de l'invitation à Davide Rivalta. Avec le soutien exceptionnel de l'Ambassade d'Italie en France.
Dans un coin de la Galerie Mazarin, entre un cadre doré et un faux balcon peint où des vases en balustre se détachent sur un feuillage de pénombre, quelqu'un est assis par terre. Il ne regarde pas les vitrines. Il a le menton posé sur l'avant-bras, les genoux remontés, le regard baissé et un peu de biais, comme au bord d'une pensée qu'il ne dira pas. C'est un chimpanzé, grandeur nature, sur le parquet à chevrons de l'ancien palais. Il s'appelle Scimpanzè. Il date de 2025. Il est en bronze. Il est signé Davide Rivalta.
Ce que la main devine
Avant d'être un animal, le bronze est une peau. Sa surface est noire, mate, grenue, l'on y devine encore la terre qui l'a précédé : des creux, des pincements, des plis pétris au pouce, sur l'épaule des marques en rangée, comme si des doigts venaient à peine de se retirer. Le bronze a gardé le geste du modelage ; il n'a pas voulu l'effacer. L'œil, ici, touche avant de lire. Il sent le poids de la masse repliée sur elle-même, la rugosité du dos, la douceur retenue du visage où la matière se resserre en rides autour des yeux.
Un corps qui ressemble au nôtre
Puis vient le trouble. Cette posture, nous la connaissons : le front lourd, l'avant-bras qui soutient le menton, le genou qui sert d'appui. Le chimpanzé n'imite pas un penseur, il en prend simplement la pose, et le corps du visiteur la reconnaît avant que l'esprit n'ait décidé de sourire ou de se taire. Au bout d'un moment, on baisse la voix sans s'en rendre compte, on contourne la sculpture comme on contourne quelqu'un qui dort.
Lire le cartel
Alors seulement l'œil se met à lire. Le cartel parle d'un chimpanzé « solitaire », à la « posture méditative et introspective », figure familière, proche de l'humain par bien des aspects, qui a longtemps servi de miroir à l'homme. Il écarte deux héritages : les singeries caricaturales du XVIIIe siècle, et la sauvagerie narrative des grands singes d'Emmanuel Frémiet (1824-1910). Ni drôle, ni féroce : un visiteur silencieux, qui interroge notre héritage anthropocentrique et notre propre regard sur les œuvres exposées en vitrines. La Galerie Mazarin présente des objets derrière des vitres. Lui est là, à hauteur d'enfant, sans vitre; c'est nous qui sommes regardés comme des œuvres.
Un sculpteur d'animaux « décalés »
Un gorille dans la cour d'un palais de justice, une lionne devant une ambassade, un loup surgissant au cœur d'une ville : Davide Rivalta fait entrer la faune sauvage là où on ne l'attend pas. Né à Bologne en 1974, il est diplômé de l'Accademia di Belle Arti de sa ville natale (1996), où il enseigne la sculpture depuis 2004. Il a d'abord pratiqué la sculpture, le dessin et la peinture avant de faire de l'animal le cœur de son travail.
Gorilles, lions, loups, rhinocéros, buffles, aigles, chimpanzés : il les modèle en bronze, en aluminium ou en fibre de verre, puis les installe dans des lieux qui ne sont pas les leurs, cours, parcs, places, résidences. Il les observe en captivité, dans les zoos et les élevages, en fait des portraits individuels, puis les place loin de cette captivité. Sa méthode, dit-il : « Je jette de la terre fluide sur une armature de métal ; l'argile se fige ; dans la forme demeure l'énergie du jet. » C'est sans doute ce qui explique la surface pétrie de notre chimpanzé.
Le point de départ, 1998 : il remporte le concours pour la cour du palais de justice de Ravenne, où six gorilles s'installent à partir de 2002. Viennent ensuite Antibes, Neuchâtel, Mougins, le Forte di Belvedere à Florence (2019), le château de Brescia (2023), Lucan House et le château de Dublin (2023), le parc du palais d'Oscarshall à Oslo (2024), Riyad, Washington, et la Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea de Rome.
Chez lui, l'animal n'est pas un motif décoratif : le lieu fait partie de l'œuvre. À Paris, la BnF l'invite en écho à « Histoires d'animaux », avec deux œuvres, dont ce chimpanzé.
Le silence qui nous regarde
On repart avec un geste en tête : le menton posé sur un bras. L'animal ne dit rien; c'est précisément ce silence qui remet en question le nôtre. Un décor de palais, un parquet ciré, des manuscrits et des médailles à quelques mètres, au milieu, un être qui n'a pas demandé à être exposé, qui pense, ou semble penser, à autre chose. Du pouce du sculpteur resté dans le bronze jusqu'au regard qui se détourne du nôtre, c'est un itinerarium tout entier que Scimpanzè fait parcourir à l'œil, du plus charnel au plus silencieux.
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Davide Rivalta • Scimpanzè (2025), bronze
« Une invitation à Davide Rivalta », dans « Histoires d'animaux »
BnF Richelieu, Galerie Mazarin, 58 rue de Richelieu, 75002 Paris
Du 18 septembre 2026 au 29 août 2027
Avec l'aimable autorisation de Davide Rivalta et de la société Fuocherello, et le soutien exceptionnel de l'Ambassade d'Italie en France.
Toutes les photos : Gérard Pocquet.
L'œil écoute.
Ainsi Parlait l'Art. @ainsiparlaitlart_gerardpocquet
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La Cour d'honneur MUSÉE BnF Richelieu PARIS
Crédits photo : Gérard Pocquet @ainsiparlaitlart_gerardpocquet Le musée de la Bibliothèque nationale de France Héritière des collections des rois de France depuis le début de la Renaissance, la Bibliothèque nationale de France réunit dès l'origine manuscrits, imprimés, globes, cartes géographiques et objets de diverse nature. En 1666, Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, installe la bibliothèque royale rue Vivienne.
L'année suivante, il transfère du Louvre à la bibliothèque plusieurs collections majeures, réunissant livres, estampes, cartes géographiques et objets en un même lieu. À partir de 1720, cette bibliothèque-musée est progressivement installée dans l'ancien palais du cardinal Mazarin, cœur de l'actuel site Richelieu. En 1741, le cabinet du Roi ouvre ses espaces à un public d'amateurs et de savants: il devient le premier « musée » parisien et l'un des plus importants foyers pour l'étude de l'archéologie en Europe. Des objets de culte et de curiosité issus des trésors d'églises et d'abbayes, saisis pendant la Révolution, enrichissent les collections. Réaménagé au début du 20° siècle, il ouvre au public en 1917 sous le nom de Musée des monnaies, médailles et antiques. Avec l'ajout de la galerie Mazarin et de la Rotonde, intégrées au parcours de visite en 2022, le musée de la BnF embrasse désormais toute l'étendue des collections.
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L'Art Universel • L'Art Sacré • L'Art Singulier d'Ici et d'Ailleurs
| Gérard Pocquet Ainsi Parlait l'Art | ainsiparlaitlart@proton.me @ainsiparlaitlart_gerardpocquet
Davide Rivalta • Scimpanze 10 • Galerie Mazarin • BnF Richelieu • Paris • Press Release @ainsiparlaitlart_gerardpocquet Pour en savoir plus : Le lien est dans la Bio https://ainsiparlaitlart.blogspot.com #ainsiparlaitlart #art #peinture #culture
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