# 9 • Le monument Morosini et le théâtre San Giacomo, à Corfou • Albanie
Le monument Morosini et le théâtre San Giacomo, à Corfou
Sur la façade est de l'ancien hôtel de ville de Corfou, un bas-relief de marbre attire immédiatement le regard : un buste en armure, casqué, le visage buriné, entouré de quatre angelots qui s'agitent autour de lui — l'un soulève un pan de drapé au-dessus de sa tête, un autre semble lui souffler quelque chose à l'oreille, deux autres encadrent la scène en contrebas, l'un tenant un bouclier presque vierge. Sous l'ensemble, un cartouche porte une inscription latine à demi effacée, où l'on devine encore la date : ANNO M.DC.XCI — 1691.
Ce visage sévère est celui de Francesco Morosini, l'un des derniers grands capitaines de Venise. Amiral, il conquiert le Péloponnèse aux dépens des Ottomans lors de la guerre de Morée, dans les années 1680 — une victoire qui vaut à la République de le couronner doge en 1688, à soixante-neuf ans, jusqu'à sa mort en 1694, en pleine campagne militaire. C'est justement pour commémorer son passage à Corfou, alors qu'il était au sommet de sa gloire, que ce monument fut érigé en 1691 sur la façade de la Loggia dei Nobili, le club de la noblesse vénitienne de l'île, dont la construction avait commencé en 1663 et s'achèvera deux ans plus tard, en 1693.
Les quatre angelots ne sont pas de simples ornements baroques : ils personnifient les vertus du doge-amiral, une convention iconographique très courante dans la statuaire vénitienne de commande — force, prudence, victoire, gloire, autant de qualités qu'on prête volontiers à l'homme qui vient d'humilier l'Empire ottoman sur son propre sol grec. Le style, tout en drapés amples et en mouvement, en dit long sur le goût de l'époque : le baroque vénitien tardif, spectaculaire, théâtral avant même que le bâtiment ne devienne, au sens propre, un théâtre.
Car c'est précisément ce que devient l'édifice en 1720 : le théâtre San Giacomo, premier théâtre moderne de Grèce. Pendant plus d'un siècle et demi, de 1733 à 1893, il est le cœur battant de l'opéra grec, attirant musiciens et compositeurs italiens installés à Corfou. Vivaldi lui-même y répète ses œuvres, et c'est sur cette même scène qu'est créée, en 1716, sa Juditha Triumphans — composée pour célébrer la levée du siège ottoman de Corfou cette année-là, une victoire dans la droite ligne de celle de Morosini quelques décennies plus tôt. En 1903, le théâtre cède la place à l'hôtel de ville, qu'il demeure aujourd'hui, gardant sur sa façade ce visage de marbre qui continue de veiller sur la ville qu'il a défendue.
Sur la façade est de l'ancien hôtel de ville de Corfou, un bas-relief de marbre attire immédiatement
Ce visage sévère est celui de Francesco Morosini, l'un des derniers grands capitaines de Venise.
Les quatre angelots ne sont pas de simples ornements baroques : ils personnifient les vertus du doge-amiral, une convention iconographique très courante dans la statuaire vénitienne de commande: force, prudence, victoire, gloire, autant de qualités qu'on prête volontiers à l'homme qui vient d'humilier l'Empire ottoman sur son propre sol grec. Le style, tout en drapés amples et en mouvement, en dit long sur le goût de l'époque : le baroque vénitien tardif, spectaculaire, théâtral avant même que le bâtiment ne devienne,
Car c'est précisément ce que devient l'édifice en 1720 : le théâtre San Giacomo, premier théâtre moderne de Grèce. Pendant plus d'un siècle et demi, de 1733 à 1893, il est le cœur battant de l'opéra grec,
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