# 4 • Le musée ethnographique de Berat, dans la maison de Kostaq Xhokaxhi • Albanie • Gallery Photos • L'Œil écoute, Ainsi Parlait l'Art
Le musée ethnographique de Berat occupe une authentique maison bourgeoise du quartier, celle de Kostaq Xhokaxhi, dont le nom même raconte un métier : dans l'ancien commerce de la ville, un xhokaxhi façonnait la xhoka, ce grand vêtement de pèlerin porté sur les épaules. La maison a été bâtie vers 1650, puis agrandie et adaptée en 1780 aux usages sociaux de son temps; deux étages, un rez-de-chaussée appelé hajati qu'on n'habitait pas, et à l'étage un vaste balcon couvert sans plafond, le çardak, ouvert aux quatre vents pour les beaux jours.
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Crédits Photo: @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
Au rez-de-chaussée, le musée a reconstitué une rue de bazar telle qu'elle existait au Moyen Âge à Berat : brodeurs, chaudronniers, cordonniers, orfèvres, tanneurs; les échoppes se répartissaient par métier, non par religion, et les boutiques chrétiennes et musulmanes se tenaient côte à côte, leurs artisans échangeant des cadeaux aux fêtes des uns et des autres. En 1670, le voyageur ottoman Evliya Çelebi, le même qui, un siècle plus tard, décrira le pont de Gorica que nous avons traversé, s'était arrêté ici, stupéfait par la finesse des broderies d'or et d'argent des femmes de Berat, brodées dès l'enfance par de jeunes garçons apprentis, faute pour les filles de pouvoir exercer ce métier hors du cercle familial.
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Crédits Photo: @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
Les costumes exposés en disent long sur les couches sociales de la ville : robe de soie brodée d'argent et guêtres brodées d'or pour les femmes du centre-ville, jupe de velours et voile de soie pour d'autres, coton multicolore tissé à la main pour les paysannes de la plaine de Myzeqe. Sur un mur voisin, un sabre et deux armes à silex incrustées d'argent, ciselées avec un soin d'orfèvre; le genre d'objets qu'on portait autant pour se défendre que pour se montrer.
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Crédits Photo: @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
À l'étage, dans la chambre des amis, un détail retient l'attention : le mafil, une petite loge de bois ajouré, percée de fenêtres grillagées, d'où les femmes de la maison pouvaient observer toute la réception sans jamais être vues des invités masculins. Une porte, dit-on, avait elle aussi sa double fonction : elle s'ouvrait aux femmes et se fermait aux hommes, et voulait, selon la tradition, que l'ami reçu y dépose son arme en entrant, pour ne la reprendre qu'au moment de repartir, raccompagné par le maître de maison. Toute une étiquette de l'hospitalité albanaise, disparue avec ces demeures, mais patiemment conservée ici, pièce par pièce.
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Crédits Photo: @ainsiparlaitlart_gerardpocquet |
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