XIPPAS PARIS • Rita Fischer • Intempéries • 13.06.26 => 25.07.26 • Ce qui pousse dans le noir • L'Œil écoute, Ainsi Parlait L'Art #4
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| Rita Fischer • Untitled, 2026 • Tempera on wood panel • 140 x 110 cm Courtesy galerie Xippas. |
Cette exposition met en lumière une nouvelle série d’œuvres au format vertical.
Untitled, 2026 · Tempera sur panneau de bois · 140 × 110 cm
Intempéries · Galerie Xippas Paris · 108 rue Vieille-du-Temple, 75003 · 13 juin → 25 juillet 2026
Le regard ne monte pas dans ce tableau. Il descend. Il est aspiré vers le bas, vers l'obscurité du premier plan, comme si la toile avait une gravité propre.
Un gouffre habité
Le haut • bleu nuit dense, coins sombres, parois de roche abyssales. Ce ciel ne s'ouvre pas. Il pèse. Il enserre. Ce n'est pas un horizon, c'est un plafond.
La zone médiane • rose pâle, lavande, vert sauge, orange brûlé, bleu outremer pur. L'unique endroit du tableau où la lumière subsiste. Mais elle est horizontale, lointaine, une rivière de clarté coincée entre deux parois inaccessibles. On la voit. On ne peut pas l'atteindre.
Le bas • noir profond, brun-rouge, vert sombre. Mais ces ténèbres ne sont pas mortes. Elles sont le sol germinatif d'où surgissent les deux arbres lumineux. L'obscurité ici n'absorbe pas, elle génère. C'est la nigredo des alchimistes • non pas la fin, mais le commencement caché.
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas
Regardez maintenant sans chercher à comprendre, laissez l'œil faire son travail. À droite, ça descend. À gauche, ça monte. Ce jeu n'a de cesse. Fischer a peint non pas un moment mais un cycle, le mouvement perpétuel de l'énergie à travers la matière.
La Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste l'avait formulé avant toute peinture : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Fischer, sans le nommer, le peint. L'éclair-racine de droite plonge vers les ténèbres, l'énergie intacte entre dans la matière, c'est la solve alchimique, la dissolution du supérieur dans l'inférieur. L'arbre lumineux de gauche remonte depuis le noir, c'est la coagula, la matière qui se transmute, qui redevient lumière. Les deux mouvements coexistent simultanément, sans hiérarchie, sans début ni fin.
Il y a les racines grises à gauche, celles que l'œil remarque en dernier et qui disent peut-être l'essentiel. Elles descendent, décolorées, épuisées. Elles ont déjà transmis. Leur lumière est passée dans l'arbre lumineux qui monte à côté d'elles. Ce sont la mémoire du flux, non le flux lui-même, ce que les alchimistes nommaient le calcinatio : la cendre qui témoigne que quelque chose a brûlé ici, que quelque chose est passé. Elles disent, silencieusement : j'ai donné ma lumière pour que l'autre monte.
Fischer ne peint pas la nature uruguayenne. Elle peint l'invisible, ce que la nature fait quand personne ne regarde. Les échanges souterrains. La transmission silencieuse entre ce qui a déjà donné et ce qui commence à recevoir. La même grammaire que le fleuve vu du ciel, le réseau neuronal, la foudre, la bronche pulmonaire. La nature se répète à toutes les échelles, Fischer l'a su avant de le peindre.
Ces œuvres sont composées de centaines de micro-événements picturaux uniques et irréproductibles. C'est dans ces micro-espaces que l'artiste répète l'utopie du diagramme.
— Manuel Neves, curateur · Intempéries, Xippas Paris, 2026
Regardez les ramifications les plus fines de ces arbres. Chacune est un micro-événement irréproductible, un geste de quelques millimètres posé en quelques secondes sur la tempera qui n'attend pas, qui sèche vite, qui ne pardonne pas le repentir. Aucune de ces lignes ne peut être refaite à l'identique. Elles sont la trace d'un instant singulier, la mémoire d'une décision du poignet qui engage la main entière.
La tâche orange • l'accident nécessaire
Au centre gauche du tableau, une tache orange vermillon. Dense, opaque, sans justification narrative apparent. Elle ne représente rien. Elle ne s'intègre pas. Elle interrompt.
Pourtant elle tient. Elle crée un contrepoint chromatique violent qui empêche l'œil de glisser trop facilement vers l'abîme. Elle est l'ancre. Le point fixe autour duquel tout le reste tourne sans se dissoudre. L'accident devenu nécessité.
L'œil humain primitif ne distinguait d'abord que le noir et le blanc. Et il fut le rouge. Cette tache orange-vermillon porte en elle la première couleur que l'espèce humaine a apprise à voir, inscrite dans notre mémoire génétique comme le signe du sang, du feu, du vivant. Fischer la pose là, seule, nue, sans explication. Et quelque chose en nous la reconnaît avant même que le regard l'analyse.
L'homme est toujours là
On pourrait croire que ce paysage sans figure humaine congédie l'homme. Ce serait une erreur de lecture.
L'homme est dans chaque ramification de ces arbres lumineux qui sont aussi des neurones. Il est dans la main de Fischer qui pose la tempera sur le panneau de bois, geste irrévocable, décision du corps entier. Il est dans l'œil du spectateur qui entre dans le tableau et le complète en le regardant. Il est dans cette tache orange que nos ancêtres auraient reconnue à trente mille ans de distance.
Rita Fischer peint ce qui pousse dans le noir. Ce qui refuse de ne pas exister. Ce qui trouve son chemin vers la lumière non pas parce que la lumière est là, mais parce que c'est sa nature profonde de chercher.
Les arbres lumineux de ce tableau ne montent pas vers un ciel ouvert. Ils montent vers un plafond fermé. Et ils montent quand même.
https://ainsiparlaitlart.blogspot.com/2026/06/xippas-paris-rita-fisccher-intemoeries.htmlRita Fischer — Intempéries
Galerie Xippas Paris · 108 rue Vieille-du-Temple, 75003 Paris
Exposition : 13 juin → 25 juillet 2026
Commissariat : Manuel Neves
→ xippas.com
Olga Ogorodova • press@xippas.com • +33 (0)1 40 27 05 55
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