đŹ L'AFFICHE A PARLĂ • Disclosure Day • Un film de Steven Spielberg • • L'Ćil Ă©coute, Ainsi Parlait l' Art interpellĂ©
L'affiche
• le premier regard
Un Ćil gigantesque, irisĂ© de bleu Ă©lectrique, surgit du noir comme une Ă©toile qui s'ouvre. Les rayons lumineux irradient depuis la pupille, un soleil froid, extraterrestre.
La ligne de titre, « Nous avons le droit de savoir », flotte en haut dans un blanc fragile.
En bas, un seul mot en capitales : Disclosure Day. Le corps ne rĂ©siste pas, il est aspirĂ© vers cet Ćil comme vers un trou de lumiĂšre.
• lecture des signes
L'affiche joue sur un paradoxe sĂ©miotique prĂ©cis : l'Ćil est Ă la fois celui qui regarde et celui qui est regardĂ©. Sujet et objet s'effacent. La pupille est un vortex, le spectateur est l'observĂ© autant que l'observateur. Le bleu Ă©lectrique n'est pas humain : c'est la couleur
du scanner, du sonar, de la fréquence extraterrestre. La lumiÚre rayonnante cite Close Encounters et E.T. tout en les dépassant. Spielberg ne montre pas l'alien, il montre l'acte de voir. Le mot Disclosure appartient au vocabulaire militaire et conspirationniste américain : il signifie la révélation officielle de l'existence du contact.
L'affiche promet une vérité, non un spectacle.
Ce qui n'est pas dit est vertigineux. L'Ćil ne cligne pas. Il ne fuit pas. Il attend.
Cette immobilitĂ© est celle du secret que l'on a portĂ© trop longtemps; non la terreur, mais la gravitĂ© du tĂ©moin. L'affiche ne pose pas la question « existent-ils ? »
Cette question est résolue. Elle pose celle de la responsabilité de savoir.
Ce qui me frappe avant la pensĂ©e, c'est que cet Ćil est le mien. Pas celui d'un alien. Pas celui de Dieu. Le mien, agrandi, cosmique, pris dans l'acte mĂȘme d'interroger le cosmos. Spielberg retourne l'objectif. La question n'est plus : sommes-nous seuls ? C'est : qui regarde qui ? Et si l'Ćil de cette affiche Ă©tait leur regard sur nous,
alors l'affiche bascule en miroir.
L'affiche rĂ©ussit ce que peu osent : elle est le film. Pas un rĂ©sumĂ©, pas une promesse, une expĂ©rience en soi. Un Ćil qui remplit le cadre, c'est aussi une dĂ©finition du cinĂ©ma. Pour la premiĂšre fois, Spielberg ne nous montre pas ce qu'il y a au bout du faisceau. Il nous montre l'acte de regarder.
Une rĂ©vĂ©lation n'a pas de visage, elle a un Ćil.
Un Ćil ne se voit pas. C'est pourquoi cette affiche nous regarde mieux que nous ne la regardons.
Une affiche efficace, industriellement compĂ©tente, culturellement codĂ©e. Mais dont la profondeur tient peut-ĂȘtre davantage Ă la puissance du regard que l'on pose sur elle qu'Ă ce qu'elle contienne vraiment.
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