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Dessin spiritiste, crayon sur papier, 1898-1904, cadre noir sur mur sombre] De Fem (Anna Cassel, Cornelia Cederberg, Sigrid Hedman, Hilma af Klint, Mathilda Nilsson), Sans titre, dessin spirite, 1898–1904, crayon sur papier. Vue de l'exposition, Grand Palais, Galeries 8, Paris, juin 2026. Photo : Gérard Pocquet / Ainsi Parlait l'Art
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Regardez ce dessin.
Pas une esquisse. Pas une étude préparatoire. Pas le brouillon d'une idée en attente de forme. Ce que vous voyez là, c'est une main en mouvement, une main qui ne décide pas, qui ne choisit pas, qui n'arrête pas. Des arabesques, des boucles, des tracés qui s'enchevêtrent et débordent, des lettres qui ne forment pas de mots connus, une écriture qui n'est pas
une écriture.
C'est le psychographe. Une plaque de bois sur roulette, percée d'un orifice dans lequel
est placé un crayon. Guidée (c'est le mot qu'utilise af Klint) par la force d'inspiration
des êtres spirituels. La main se déplace. Le crayon trace. Personne ne décide.
Nous sommes entre 1898 et 1904. Le groupe De Fem, Les Cinq, se réunit régulièrement. Hilma af Klint, Anna Cassel, Cornelia Cederberg, Sigrid Hedman, Mathilda Nilsson.
Elles posent leurs mains. Elles attendent. Et quelque chose arrive.
Dans ses souvenirs, af Klint évoque une expérience datant de l'automne 1891,
avant même la fondation du groupe, alors que la peintre Valborg Hällström travaillait
avec un psychographe dans son atelier. C'est là, peut-être, que tout commence.
Pas dans une révélation solitaire. Dans un atelier. Avec une autre femme. Avec un instrument.
Les dessins qui en résultent seront consignés dans des carnets, plus de deux cents au total
qui retracent l'activité des communications spirituelles menées entre 1896 et 1910.
Ce ne sont pas des œuvres d'art au sens où le monde de l'art l'entend alors.
Ce sont des transmissions. Des messages. Des traces de ce qui ne peut pas être dit autrement.
Mais regardez-les aujourd'hui, ces traces. Regardez le dessin ci-dessus.
Dessin aux arabesques, crayon sur papier ivoire, cadre noir.
Pas une esquisse. Pas une étude préparatoire. Pas le brouillon d'une idée en attente de forme.
Ce que vous voyez là, c'est une main en mouvement, une main qui ne décide pas,
qui ne choisit pas, qui n'arrête pas. Des arabesques, des boucles, des tracés qui s'enchevêtrent et débordent, des lettres qui ne forment pas de mots connus, une écriture qui n'est pas
une écriture.
Avec le regard de 2026. Cy Twombly! L'action painting. L'art brut.
Des décennies de modernité artistique semblent y être contenues, anticipées, préfigurées, ignorées.
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Six dessins médiumniques sur papier ocre, cadres bois clair Hilma af Klint et De Fem, dessins médiumniques, 1898-1904, crayon sur papier. De l'écriture automatique au langage abstrait, la transition visible. Vue de l'exposition, Grand Palais, Galeries 8, Paris, juin 2026. Photo : Gérard Pocquet / Ainsi Parlait l'Art |
Ces six dessins sur papier ocre racontent la suite. La main qui s'est libérée dans les arabesques commence à construire. Des ovales. Des cercles divisés. Des formes qui ressemblent à des graines, à des yeux, à des cellules vues au microscope. Le jaune apparaît, le masculin, selon le code chromatique qu'af Klint développe dans les séances. Le rose, le blanc, le gris. Une géométrie organique qui n'imite rien de visible mais dit quelque chose de précis.
Pascal Rousseau, commissaire de l'exposition, le formule avec une acuité rare :
tout le vocabulaire avec lequel af Klint produira son innovation abstraite était entièrement préformé, préconçu, très tôt, dès les premiers cahiers de 1887-1890. Ce n'est pas une rupture soudaine. C'est une longue préparation souterraine. Une langue qui s'invente dans le secret, séance après séance, dessin après dessin, carnet après carnet.
En 1906, quand elle commence les Peintures du Temple, elle ne part pas de rien.
Elle part de tout cela.
Ce que ces dessins nous disent, au fond, c'est quelque chose de simple et de vertigineux à la fois : l'abstraction n'est pas née d'une idée. Elle est née d'une pratique.
D'un groupe de femmes qui se réunissaient, posaient leurs mains, et écoutaient.
Pas avec leurs oreilles.
Avec leurs mains.
L'œil de la main.
• L'œil écoute, Ainsi Parlait l'Art
Hilma af Klint (1862–1944). Portrait photographique, vers 1895. Vue de l'exposition, Grand Palais, Galeries 8, Paris, juin 2026. Photo : Gérard Pocquet / Ainsi Parlait l'Art
Hilma af Klint • Les peintures du Temple (1906–1915) Grand Palais, Galeries 8 • jusqu'au 30 août 2026 Coproduction GrandPalaisRmn / Centre Pompidou #ExpoHilmaAfKlint #AinsiParlaitLArt
En 2026, pour la première fois en France, le Grand Palais et le Centre Pompidou lui consacrent une exposition monographique placée sous le commissariat de Pascal Rousseau, professeur d'histoire de l'art contemporain à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, spécialiste des avant-gardes historiques et des débuts de l'abstraction. La scénographie est signée Pascal Rodriguez, architecte-scénographe du Centre Pompidou. Les Peintures du Temple sont là. Les Dix Plus Grands sont là. Elle est là.
L'Art Universel • L'Art Sacré • L'Art Singulier d'Ici et d'Ailleurs | Gérard Pocquet Ainsi Parlait l'Art | ainsiparlaitlart@proton.me @ainsiparlaitlart_gerardpocquet HILMA AF KLINT • Ainsi parlait HILMA AF KLINT #2 bis. • De Fem. Ce que les mains entendaient • Les peintures du Temple (1906–1915) • Grand Palais Paris jusqu'au 30 août 2026 Pour en savoir plus : Le lien est dans la Bio https://ainsiparlaitlart.blogspot.com #ainsiparlaitlart #art #peinture #culture |
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