Galerie Suzanne Tarasieve • Youcef Korichi • Alidade de nuit • 30 mai - 25 juillet 2026 • L'Œil écoute, Ainsi Parlait l' Art • Press Release

YOUCEF KORICHI • Apparition 1, 2026 huile sur toile • 150 x 200 cm (59 x 78 3/4 in.)
Crédits photo : ©Rebecca Fanuele, courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris 2026.

La question, d'emblée, c'est : qu'est-ce qu'on voit ? 
Des tableaux bien sûr : trois portraits en pied, deux bustes encadrés (un ancien, un moderne), d'autres représentant des ânes, des alidades (ces règles mobiles mesurant des angles, 
équipées d'une pinnule de visée, multipliées sur deux toiles), et puis différentes déclinaisons (fil à plomb, détail de vis, tôles en laiton), et encore plusieurs sculptures posées au sol 
ou accrochées, au mur et au plafond. Un semblant d'hétéroclite dans les sujets, les genres, 
les figures, avec cet étrange prolongement vers des objets qui pourtant, comme les petits tableaux figurant une simple « chose », semblent sorties des grands formats pour isoler 
un élément discret dans la grande phrase de l'exposition. On pressent une syntaxe globale, 
un agencement discursif que Youcef Korichi aurait composé comme une partition, 
un récit — un tableau multiplié, augmenté dans l'espace de la galerie.

Si l'on consent à expliquer (du latin explicare : déployer, déplier), on partira d'un nom, 
d'une figure qui est celle qui se voile autant qu'elle se dissimule dans le triple portrait à taille humaine sur fond noir, empruntant tout autant à la peinture d'histoire, si c'est le portrait 
d'un roi peint par Vélasquez, qu'à la fantaisie d'une identité fluctuante carambolant les destins parallèles. L'appendice le trahit : ce nez postiche est celui que Tycho Brahe perdit, dit-on, 
lors d'un duel à l'âge de 20 ans, et donc moins celui d'un personnage farcesque que d'un étudiant meurtri, remplaçant par une prothèse en laiton, ce qui lui autorise encore à avoir un visage, tout en signalant son absence. Et ce serait comme une première leçon : l'artefact ne joue pas les faux semblants, tout en permettant à la figure de conserver sa forme, et au visage son intentionnalité.

YOUCEF KORICHI • Observateur II (T.B.2), 2025 huile sur toile
• 195 x 130 cm (76 3/4 x 51 1/8 in.)
Crédits photo : ©Rebecca Fanuele, courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris 2026.

Deux mots ici sur ce Tycho Brahe (1546-1601) : astronome danois à la frontière de deux conceptions (géo- et héliocentrisme), il pratiqua l'observation à l'œil nu et, grâce à des instruments révolutionnaires pour l'époque, quadrants et sextants qu'il construisait lui-même, parvint à des mesures astronomiques d'une admirable précision. Sans renoncer à l'immobilité de la terre dans le système solaire, il révèle le mouvement des autres planètes autour du Soleil : cette conception hybride (géo-héliocentrisme) ouvrit néanmoins à Kepler, qui fut son assistant, la voie de la révolution scientifique de la modernité.

On tient bien un début, qu'on pourrait déplier ainsi : Youcef Korichi compose dans l'espace 
un portrait éclaté de Tycho, selon une visée (alidades, pinnules) qui décline en morceaux divers les facettes d'un personnage (au sens de masque) qui met en abyme à la fois la visée 
du scientifique et celle du peintre. Ces deux lieux de la connaissance sont ici complémentaires, aboutissant à une narration fragmentaire qui chemine sur la ligne de crête entre savoir 
et erreur, obscurité et déflagration, vérité et vraisemblable, fiction et objectivation. 
C'est au fond, seule l'intentionnalité qui compte, celle qui induit une visée de la conscience 
sur les choses. Pas plus de vérité en art qu'en science, mais deux visages d'un Janus au nez 
de laiton.
YOUCEF KORICHI • Tycho Brahé (origine), 2023 huile sur toile
65 x 54 cm (25 5/8 x 21 1/4 in.) • 93 × 80 cm (36 5/8 x 31 1/2 in.) encadré
Crédits photo : ©Rebecca Fanuele, courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris 2026.

Ce qui ne signifie pourtant pas une mise en doute de la démarche herméneutique vrillant 
la conscience moderne: il n'y a pas de critique de la science, pas plus de crise 
de la représentation aux effluves post-modernes. Tycho est un héros de drame affublé 
des oripeaux de la comédie, car il se tient sur l'arête impossible d'une conciliation 
entre Aristote et Copernic; il est, au fond, l'emblème de l'humilité opiniâtre — celle de l'âne dont les représentations fonctionnent alors comme métaphores de ces vertus. 
Nous arpentons la nuit de la conscience avec, devant nous, l'obscur du monde à décrypter : travail d'astronome et de peintre, aussi bien.

Si la visée du spectateur était alors de repérer les itérations et les chemins menant d'un objet 
à l'autre, elle ne parviendrait pourtant pas à rétablir le récit cohérent d'une mise en scène, 
mais plutôt à distinguer les éclats d'un questionnement en peinture. Celui d'un art qui est indéfectiblement fiction et interrogation pratique du fictif, dans le corps du peindre, brouillant la frontière mensongère entre vérité et vraisemblable. La question originaire demeure, active 
et joyeuse : qu'est-ce qu'on voit ? 
Tycho et Korichi visent dans la nuit des choses : la qualité de ce qui est vu n'est pas subjuguante mais claire : la peinture est un hommage, une révérence à la beauté du visible. Elle en est la gourmandise, peut-être même la vérité.

Yannick Mercoyrol

https://suzanne-tarasieve.com
Galerie Suzanne Tarasieve
7 rue Pastourelle 75003 Paris
+33 (0)1 42 71 76 54 • info@suzanne-tarasieve.com

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