The Puppini Sisters • The BIRTHDAY PARTY • Vingt ans de révolution vintage • Du jazz college de Londres aux scènes royales • le swing punk qui a tout changé • L' Œil écoute, Ainsi parlait l'art.
Corsets ajustés, harmonies au cordeau, irrévérence punk. Depuis vingt ans, The Puppini Sisters ont réinventé le swing vintage en un art résolument vivant. Elles arrivent à Paris les 15 et 16 juin, et reviennent le 17 décembre pour un concert anniversaire au New Morning. Portrait d'un trio intemporel qui n'a jamais donné un sou aux tendances.
I• Bologne, Londres, l'entre-deux
Tout commence dans une ville que Marcella Puppini a quittée à dix-huit ans. Bologne, l'italienne. Elle apprend le piano à cinq ans avec l'ambition secrète d'un opéra qui ne viendra pas. À Londres, elle entre à Central Saint Martins, travaille chez Vivienne Westwood, apprend la couture comme on apprend une langue étrangère, celle du corps, du vêtement, de la silhouette qui entre dans une salle et la change.
Puis Trinity College of Music. Le chœur de jazz. Kate Mullins, qui chante en face d'elle à la section des ténors en manque d'hommes. Deux voix cherchant une troisième. Tout commence autour d'une table couverte de pâtes et de vin dans l'appartement de Marcella, à déchiffrer des transcriptions des Andrews Sisters jusqu'à en rire aux larmes. « Ce n'était pas du tout sérieux au départ. »
C'est Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet qui cristallise l'idée : voir, avant d'entendre, ce que peut être un trio de femmes qui voyagent et font de la musique dans un monde qui ne les attend pas. Le producteur Benoît Charest, auteur de la bande originale du film, aidera le trio à enregistrer son premier titre • Boogie Woogie Bugle Boy • en 2006.
II Swing punk, burlesque et heavy metal
Dès les premiers concerts londoniens, elles jouent partout et pour tout le monde. Un soir, fins diners, dans un beau restaurant du West End. Le lendemain, concert d'ouverture pour un groupe de heavy metal. Entre les deux, des nuits burlesques et des clubs alternatifs de l'East End dont Marcella dit sans hésiter : « certains de nos arrangements les plus inspirés sont nés dans ces salles-là. »
La formule qu'elles ont forgée pour elles-mêmes : swing punk burlesque. Ce n'est pas une étiquette d'agent de presse, c'est une posture. L'irrévérence des Smiths mise au service des Andrews Sisters. La couture Vivienne Westwood portée sur la scène d'un pub. « On n'a jamais donné un sou aux tendances. On est des femmes aux commandes, on fait la musique qu'on a toujours aimée. »
Le jazz des années 30 et 40 était dangereux. Après, il est devenu quelque chose de plus intellectuel. Mais à l'origine, c'était un esprit vraiment révolutionnaire.
Marcella Puppini — Crooner Radio, Paris, 2020Vingt ans — Repères discographiques
III• The Birthday Party — l'album de la fête
« Cet album, c'est notre fête. Il fallait bien trinquer à notre propre santé. ». Douze titres qui couvrent presque un siècle de musique populaire; ceux-ci disent tout sur l'audace et l'humour des Puppini Sisters. Des standards jazz incontournables, Take Five, Take the A Train, Honeysuckle Rose, Dream a Little Dream of Me, côtoient la chanson italienne et française Parole Parole, le tube estival des Beach Boys Kokomo, et deux coups de théâtre : Monster Mash et MaNahMahNah, l'irrésistible thème de Piero Umiliani popularisé par les Muppets.
Le premier single, Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler, Marcella le décrit sans détour comme « camp as hell ». Elle l'a joué au piano enfant et a attendu vingt ans avant de l'enregistrer. Et leur Happy Birthday ? Une valse qui se mue en country-swing avec des clins d'œil à Stevie Wonder et 50 Cent. « C'est un pastiche amusant — mais c'est nous qui le disons. »
La composition originale Postcards from the Road, coécrite par Marcella et Kate, est peut-être le titre le plus personnel de l'album : vingt ans de tournées en deux minutes trente. Istanbul, Berlin, des hôtels sans nom, des scènes à tout heure. « C'est tout vrai », dit Marcella.
Tracklisting complet
The Birthday Party — Millionaire Records, 27 mars 2026
IV• La physique du lien
On ne comprend pas les Puppini Sisters si on ne comprend pas d'abord ceci : elles ne peuvent pas chanter ensemble sans se sentir physiquement présentes l'une à l'autre. Lors de leur première session d'enregistrement, le producteur les sépara dans des cabines différentes pour obtenir une isolation acoustique parfaite. Ce fut, selon Kate Mullins, "un désastre absolu." Dans l'harmonie à trois voix, les signaux sont autant corporels que musicaux, on anticipe le souffle de l'autre, sa façon de phraser, le moment précis où elle va entrer.
Marcella chante au milieu, la voix qui lie, qui fond, qui disparaît dans l'accord pour que l'accord existe. Trois voix radicalement différentes qui jouent ensemble font quelque chose qu'aucune ne pourrait faire seule. « L'harmonie vocale va directement à l'âme. C'est universel, tout le monde connaît ça, partout dans le monde. »
V• Les années 40 sans leurs chaînes
Elles portent l'esthétique des années 40 en sachant exactement ce qu'elles font. Ces femmes-là se battaient pour ne pas avoir cette vie. Emmeline Pankhurst, les suffragettes, c'est sur ce combat que le glamour des Puppini Sisters repose. Elles prennent le corset et la fascination. Elles refusent la servitude et l'effacement. Le style sans le destin.
Il y a le rouge à lèvres. MAC, teinte Ruby Woo, leur deuxième album, en porte le nom. Robert Smith de The Cure le porte aussi, pour la même raison : il ne bave pas sur scène. Une armure, pas un maquillage. Une appartenance à une famille qui traverse les genres et les décennies.
L'harmonie vocale va directement à l'âme. C'est universel — tout le monde connaît ça, partout dans le monde.
Marcella Puppini — Crooner Radio, Paris, 2020VI• Paris, l'Olympia et le New Morning
Quand on lui demande ses plus grands souvenirs de scène, Marcella cite Paris en premier. « L'Olympia. C'était le feu. » Les Français ont une relation intime avec les grandes chansons, une façon d'écouter que Marcella reconnaît et aime profondément. Avec Cyndi Lauper à Los Angeles, avec Michael Bublé à l'O2 Arena de Londres, puis à l'Olympia. Paris reste la salle de cœur.
En juin 2026, elles reviennent à Paris pour une semaine sur les antennes radio.
Le 17 décembre, elles seront au New Morning, la salle jazz la plus mythique de Paris, pour fêter leurs vingt ans comme ils méritent de l'être : en musique, en direct, en harmonie. The Birthday Party comme il se doit.
The Puppini Sisters à Paris — 2026
Deux rendez-vous pour fêter vingt ans de swing révolutionnaire
L'œil écoute
Ce qui frappe, en les écoutant sur vingt ans d'interviews, c'est ceux-ci : elles n'expliquent jamais leur musique. Elles la racontent. Elles disent les pâtes, le vin, les rires. Le club de l'East End un mardi soir. Le mariage où True Love a été chanté pour la première fois, et les larmes sur scène des années plus tard, quand la chanson est revenue. Ce sont des femmes qui vivent leur musique de l'intérieur, et ça s'entend, directement, à l'âme.
À suivre sur Ainsi Parlait l'Art
Concert du New Morning • 17 décembre 2026 •
Gérard Pocquet
L'affiche a parlé. Gérard l'a vu.
L'Œil écoute, Ainsi parlait l'art.
L'Art Universel • L'Art Sacré • L'Art Singulier d'Ici et d'Ailleurs
|


Commentaires