Ainsi Parlait l' Art • L'Art universel • Interview de Pascal COROL • Artiste peintre, sculpteur d'art floral • Exposition Intime Nature

Pascal COROL • Sculpteur des Gorgones • Interprète de la Nature
Galerie 18Bis, Paris — Exposition «Intime Nature»
Sous l’œil de Gérard Pocquet

Il y a des rencontres qui sont des preuves. Celle avec Pascal COROL en est une.
Dans la lumière tamisée de la Galerie 18Bis, entouré de ses sculptures de gorgones
aux architectures fascinantes, l’artiste parle avec la même générosité qu’il compose
— en donnant tout, en ne retenant rien. Une conversation sur la transmission, la beauté,
la nature et la vie. Une invitation.

— ◆ —

Gérard Pocquet — Bonjour Pascal COROL, vous exposez actuellement à la Galerie 18Bis
avec «Intime Nature». Pouvez-vous nous présenter cette exposition et votre parcours 
de sculpteur d’art floral ?

Pascal COROL — «Intime Nature», c’est d’abord une histoire de coïncidences heureuses.
La galerie proposait un programme consacré à l’"Intime" — cette collection que j’avais créée pour rendre hommage à toutes les matières qui m’ont accompagné tout au long 
de ma carrière de sculpteur floral, a trouvé naturellement sa place ici.
Au cœur de cette collection, il y a les gorgones - ces créatures marines absolument
magnifiques, que j’ai toutes acquises en toute légalité, je le précise.
L’idée était de rendre un hommage à la nature, à toutes les merveilles qu’elle nous offre.
Je suis comme un interprète de cette matière qui m’a été confiée.
Et puis, de fil en aiguille, comme souvent dans ma vie, le projet a pris une forme
que je n’avais pas anticipée. Des étudiants en cinéma, des galeries, des musiciens,
des comédiens — une harmonie s’est mise en place.
La collection est devenue poétique avec l’arrivée des alexandrins, puis cinématographique, puis spectacle total et immersif. J’ai un peu le sentiment que le projet m’échappe
— et c’est absolument délicieux.


Gérard Pocquet — Pascal COROL, j’aimerais nous plonger dans une photo de votre plus jeune âge — aux alentours de deux, trois, quatre ans.
Qui y figurait ? Que raconte-t-elle ?

Pascal COROL — Cette photo, je l’ai retrouvée à l’occasion de la disparition de mon papa. 
Elle ne s’était pas perdue, mais c’est à ce moment-là que je suis retombé dessus.
Je devais avoir cinq ou six ans. Je suis photographié debout, fièrement, dans le magasin 
de fleurs de ma mère — avec les moutons en peluche, les petits animaux de la ferme 
tout autour. Ma mère était fleuriste, et les jeudis, c’était mon moment. Je les passais 
dans l’arrière-boutique, à jouer avec les petits animaux, les cocottes de pain, les morceaux 
de bois. C’est là que la nature s’est invitée dans ma vie; parce que ma maman fleuriste, 
elle faisait des choses toutes plus belles les unes que les autres. 
La nature m’a tout de suite invité à la beauté.

— ◆ —

Gérard Pocquet — Y avait-il des images, des couleurs qui vous habitaient déjà ?

Pascal COROL — Oh oui, absolument. Tout ce qu’offre le monde de la fleur coupée 
— la richesse de cette nature, que nous fournit cette planète. 
Pensez à Monet, pensez à pourquoi, il a créé Giverny. Comment ne pas s’inspirer 
de ces palettes de couleurs parfois véritablement invraisemblables ?


Moi, j’ai un souvenir particulier que je garde précieusement. C’est le matin chez le fleuriste, quand on pousse la porte du magasin pour la première fois de la journée. Parce qu’à la faveur de la nuit, les parfums des fleurs, se mélangent. Le jour, on retrouve, chacune dans son coin. Mais la nuit, il y a ce parfum unique, fugace. Et le matin, quand on entre dans le magasin — c’est très furtif, mais on est saisi. Et cette fragrance change avec les saisons.
C’est grâce à ces moments-là, dans ce magasin de fleurs, que j’ai pris la décision d’interpréter la nature sous toutes ses formes.


P
ascal COROL — C’est un hommage à cette petite maman qui nous a montré ce chemin magnifique. Son magasin s’appelait «Corolle» — C-O-R-O-L-L-E. Et moi, très rapidement, quand elle m’a mis le pied à l’étrier, j’ai décidé que ce que je ferais avec les fleurs 
s’appellerait «Corolle» aussi, — mais je l’ai mis au masculin.
“C’est donc entièrement de sa faute.” 
— COROL

— ◆ —

Gérard Pocquet — Racontez-nous vos débuts avec les compositions de bouquets.

Pascal COROL — C’est un souvenir merveilleux. Je n’avais pas encore seize ans
— je m’en souviens parce que j’étais encore sur mon vélo, pas sur ma moto. 
Ma mère m’annonce qu’à Pâques, les vacances, ce ne sera pas avec les copains —
ce sera avec elle, au magasin.
Un magasin absolument magnifique, avec des fontaines, des lustres en cristal, des commodes Louis XV pour présenter les compositions. Ma mère et son associé René construisaient 
ces merveilles qu’on appelle les bouquets à la française. Des bouquets composés dans la main, qui tiennent uniquement sur leurs tiges, par un jeu d’équilibre, d’harmonie des couleurs, 
de texture.
Au début, j’étais tellement épaté que je vendais leur talent à la clientèle. Puis un jour, ma mère m’a dit : «C’est bon mon bonhomme, vas-y, tu t’en occupes.» Et là — c’est instantané. 
Le plaisir, l’équilibre, la réaction du client. Comme un guitariste qui prend sa guitare 
pour la première fois et qui dit : «Ah, c’est pour moi.» C’était une révélation.
— ◆ —

Gérard Pocquet — C’est donc votre maman qui vous a initié à l’art floral.

Pascal COROL — Véritablement. Il y a un mot qui nous réunit, ma mère, mon frère 
et moi — c’est le mot «composition». Composer avec les éléments qu’on nous donne,
avec le lieu qui nous accueille, les gens qui nous font confiance.
Ma mère voulait nous apprendre, que dans la vie il fallait travailler — 
nous, on a interprété ça à notre façon, et on a choisi cette vie fantastique.

— ◆ —
Gérard Pocquet — Quelle a été votre progression, de vos seize ans de la composition 
des bouquets à la sculpture de l'art floral ?

COROL — Par l’épreuve, dans un premier temps. Ma mère a dû mettre un terme à sa carrière pour des raisons familiales — au moment précis où j’étais prêt à me lancer à temps plein 
avec elle. Je me suis retrouvé un peu le bec dans l’eau. Il a fallu reconstruire le rêve, 
chercher d’autres collaborations.
Puis un jour, je me suis senti prêt. Guy Savoie m’a fait confiance — il m’a confié 
son restaurant pour une semaine. Je suis resté douze ans à ses côtés. J’ai pu croiser des Jean Castel, des Pierre Cardin — des gens qui m’ont fortement inspiré. De belles personnes, comme on disait à mon époque. La classe.
                                                — ◆ —
Gérard Pocquet — Ces personnages ont-ils influencé votre regard sur votre art ?

Pascal COROL — Absolument. Ils m’ont boosté. Quand Guy Savoie vous ouvre les portes 
de son restaurant, il vous fait confiance dès le départ — ça devient une énergie communicative. Et, de fil en aiguille, les rencontres se succèdent. 
Chacune est devenue une source d’inspiration et de motivation.


Avec Pierre Cardin notamment — je lui ai présenté une collection de sculptures lumineuses, quelque chose de résolument moderne. Je me suis dit : cet homme a toujours été à la pointe,
il m’aidera à comprendre si je suis dans le juste.
J’ai eu la chance; il m'a gardé à ses côtés pendant une dizaine d’années .
— ◆ —
Gérard Pocquet — 
Quel a été le déclic qui vous a conduit du bouquet à la sculpture d’art floral ?

Pascal COROL — C’est l’envie d’aller plus loin que la seule tige coupée. 
L’idée d’incorporer une racine de vigne, un champignon, une danse de Bruyère, 
à associer avec du blé. 
Quand je suis entré chez Guy Savoie au mois de mai, il y avait à Rungis ce blé extraordinaire aux barbes noires — des effets extraordinaires. C’est là qu’est née l’idée d’associer d’autres matières que la fleur seule, des matières fortes de la nature. Les bouquets sont devenus 
des sculptures. Les paysages aussi.


Gérard Pocquet — Quelle est l’œuvre dont vous êtes le plus fier ?

Pascal COROL — 
La Danseuse — ma première vraie sculpture florale, réalisée de sarments de vigne. 
La Danseuse est toujours à mes côtés. Parce que ce jour-là, j’avais tout inventé —
les montages, les plaquages, les assemblages. Comme un cuisinier qui goûte et recommence. 
C’est le point de départ de tout le reste.
— ◆ —
— ◆ —
Gérard Pocquet — Pouvez-vous nous décrire une journée dans votre atelier ?

COROL — Du temps de la sculpture florale, on se levait à quatre heures et demie du matin pour être à Rungis à cinq heures. Puis je passais chez tous mes clients dès six heures — entretenir les sculptures, remettre de l’eau, changer les fleurs fanées. Sept jours sur sept. 
Évidemment, quand on vient dîner chez Guy Savoie, on ne dîne pas devant des fleurs fanées.
Et puis, l’après-midi, à l’atelier. À quinze heures, la voiture était rangée. Et là, jusqu’au soir parfois, je me laissais aller dans cette euphorie. Je venais d’entretenir la collection en place, mais j’étais déjà dans l’excitation du prochain modèle. 
C’est ça la vie de l’atelier — on est toujours entre ce qui existe et ce qui va naître.
— ◆ —


Gérard Pocquet — Les gorgones — comment sont-elles arrivées dans votre vie ?

Pascal COROL — C’est la mélodie de tout ce qui m’est arrivé. Guy Savoie ferme en août,
il me dit « rendez-vous en septembre ». Et moi, dans cet élan, je monte à Aalsmeer
en Hollande — le plus grand marché de fleurs au monde. Je rentre dans un magasin, très clean, très hollandais. Et au milieu de tous les froufrous de la fleuristerie, tout en bas, je tombe
sur un bac rempli de gorgones couleur corail, emballées par trois dans du plastique,
comme un vulgaire produit.

Elles sont à mes pieds. Je dois en compter une centaine. Et déjà, en 1989, je suis étonné — parce qu’une telle quantité de gorgones, ça ne vient pas du petit pêcheur du coin. 
On sait très bien qu’un filet plombé est passé au fond de la mer, et que derrière, c’est le désert pendant cinquante ans. Il y a déjà une surprise énorme. Mais Guy Savoie, les quatre saisons, un thème sur la mer chez un cuisinier — et cet animal m’appelle. Je demande au vendeur 
s’il en a d’autres, il me dit oui, et je rentre à Paris avec tout le stock.

Puis, onze ans plus tard, de nouvelles gorgones arrivent — beige cette fois. 
Puis une troisième fois — les gorgones noires. Corail, beige, noir — 
un triptyque offert par la nature. À chaque nouvelle arrivée, une nouvelle collection est née.
— ◆ —


Gérard Pocquet — Quelle musique vous accompagne à l’atelier ?

COROL — Pink Floyd. — Il n’hésite pas une seconde. — Il y a un concert qu’ils ont donné aux États-Unis qui est pour moi le plus fantastique. Indéniablement ma musique de fond préférée. Parce qu’il y a un côté contemplatif dans la composition — on est à l’écoute 
de la matière. Et dans ces moments-là, la musique accompagne l’harmonie qui se cherche entre les éléments.
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Gérard Pocquet — Et le silence — comment le vivez-vous ?

Pascal COROL — Comme un moment d’accomplissement. Dans un bouquet bien fait, 
il y a un instant où vous sentez que l’harmonie est là. Le silence vient à ce moment précis 
— Quand vous avez senti que c’est bon. Puis vient le délice du montage, 
le délice du rassemblement, le délice de la finition. 
Dans ces moments-là, le silence c’est une manière de profiter de l’instant.

“La vie d’artiste, c’est un état de grâce.” 
— COROL

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Gérard Pocquet — Que ressentez-vous quand quelqu’un achète une de vos œuvres ?

Pascal COROL — Un partage. Une communion. Parce que devant cette collection, 
les gens retrouvent leur âme d’enfant. Il y a ce que l’artiste a vu en assemblant ses éléments —  mais il y a surtout ce que le public voit, lui. C’est comme regarder les nuages — 
l’un voit un ours, l’autre voit un poisson. Chacun y voit ce qu’il veut bien y voir.
Vous sentez qu’il y a un échange qui vous échappe déjà — c’est entre lui et la pièce. 
Elle lui parle. Et chaque fois que j’ai vendu une pièce de cette collection, 
il y a eu cet échange-là. Je l’apparente à cette idée de l’âme d’enfant.
— ◆ —

Gérard Pocquet — Les réseaux sociaux ont-ils changé votre rapport à votre art ?

Pascal COROL — Oui — et c’est une question qui ramène au débat d’aujourd’hui.
Les réseaux, ça dépend de l’usage qu’on en fait. C’est magnifique parce que ça offre
une ouverture sur le monde formidable — j’ai rencontré Gilda et Eva de la Galerie 18Bis
par leur intermédiaire. Mais la seule réserve que j’ai, c’est le côté chronophage.

Moi je suis un boomer assumé — je préfère quand même la rencontre humaine. 
On peut avoir des discussions très intéressantes par les réseaux, mais ça ne remplace pas 
le moment où tu partages directement avec quelqu’un. Comme avec la matière d’ailleurs.
— ◆ —

Gérard Pocquet — 
Quel message souhaitez-vous laisser à travers votre œuvre ?

Pascal COROL — Un message d’espoir. Une invitation. Une invitation à la réflexion, 
à l’espoir — que chacun en tire sa propre image, sa propre vision, sa propre raison.

Dans les alexandrins qui accompagnent les œuvres, tout le discours se veut éminemment positif. S’il y a un mot qui tend vers le négatif, il est immédiatement contrecarré. 
On n’est pas là pour gouverner par la peur. On est là pour toucher une sensibilité. 
Ces quarante pièces ont un discours d’alerte — mais surtout une invitation. Un partage.

— ◆ —
Gérard Pocquet — 
Si votre vie était une sculpture, quelles en seraient les couleurs dominantes ?

Pascal COROL — Bleu, jaune, orange. Les couleurs de Van Gogh. Parce que Van Gogh, 
c’est ma première émotion. Je me souviens — adolescent, chez un ami dont le père était décorateur, dans sa bibliothèque, il y avait ce grand livre sur la vie et l’œuvre de Van Gogh. 
La première fois que j’ai été confronté à ces tableaux, j’ai été emporté.

“Même dans ses tableaux les plus sombres, ces couleurs sont là 
— elles donnent une joie et une profondeur en même temps.” 
— Pascal COROL
— ◆ —
Gérard Pocquet — Quel est votre plus grand rêve d’artiste encore inaccompli ?

Pascal COROL — Avec «Intime Nature», des talents merveilleux se sont déclarés inspirés 
par le projet — musiciens, comédiens, cinéastes. L’idée, c’est d’en faire un spectacle total, inédit, immersif — matière et numérique, poétique et philosophique. Un parcours.
Et le rêve ultime — vraiment le rêve ultime — ce serait de faire la tournée de toutes les écoles de la Terre. Montrer à cette jeunesse ce spectacle immersif. Les inviter à se confronter 
à la beauté de la matière. Les inviter à regarder la nature autour d’eux — 
et peut-être leur vie aussi — d’une autre manière. Oui, vraiment.
— ◆ —


Gérard Pocquet — Un dernier mot, Pascal COROL — peut-on vous appeler le philosophe 
de la nature, sculpteur des gorgones — celui qui sculpte ce que la nature lui a confié ?

Pascal COROL — Ce que la nature m’a confié — oui, c’est exactement ça. Je me place vraiment comme un interprète. La nature m’invite à certaines compositions par ses essences, sa matière, ses couleurs. Et puis surtout parce qu’elle dégage, parce qu’elle peut nous inspirer. 
Je suis un interprète de la nature. C’est ma mission. C’est ma vie.

Gérard Pocquet — Je vous remercie infiniment, Pascal COROL.

Pascal COROL — Avec tout le plaisir.
— ◆ —
Ainsi Parlait l’Art — L’Art Universel — L’Art Sacré — L’Art Singulier d’Ici et d’Ailleurs
© Gérard Pocquet — ainsiparlaitlart.blogspot.com

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