Artiste Olivier Masmonteil · Œuvre "Tu étais si belle sous cet orage, 2024". Texte d' Olivier Masmonteil.



Olivier Masmonteil
Tu étais si belle sous cet orage 2024 Huile sur toile 180x160 cm

CHAPITRE I :
LA POSSIBILITÉ DE PEINDRE
2 0 0 0 - 2 0 1 2

« Il faisait chaud sur un pré d’herbes hautes et le soleil venait traverser un tilleul bleu. 
La peinture n’avait pas encore pris le temps d’exister. 
Sur le bois chaud, un silence de juillet venait frapper ses rayons d’une après-midi brûlante. 
Au loin une forêt cachait l’horizon, le monde que je connaissais s’arrêtait ici. 
Je n’en voulais pas d’autre. 
Il n’y avait aucun projet, aucune intention, seulement la volonté de peindre. 
Porté par la candeur de ma jeunesse, mon premier tableau est né ainsi.
Il n’y avait rien dessus et pourtant je savais que s’achevait avec lui mon innocence. 
La peinture aurait pu s’arrêter ce jour-là. Mais il y eut l’ambition d’en faire un second. 
Puis il y eut les rivières. Chacune devenait un territoire nouveau à découvrir. 
Je les remontais jusqu’à leurs sources avant de sentir le besoin de rencontrer la suivante. 
J’aurais voulu poursuivre le projet de peindre dans une vie sauvage. 
Mais l’innocence est un don qui se perd dans l’éclair de sa découverte ; 
partir à sa recherche est une quête inutile. 
Alors j’ai cherché ailleurs dans des horizons nouveaux la possibilité de peindre. 
Elle naît du désir de peindre, un désir étrange, qu’il faut comprendre et apprivoiser. 
Il était présent dès l’enfance lorsque j’ai découvert la jubilation de la couleur et de la trace. 
Puis, plus tard, la joie de l’illusion. 
Peindre avec application chaque plume d’un martin-pêcheur devient le défi et l’ambition ultimes.
Vient, ensuite, le temps de l’ivresse et de la découverte de l’histoire de l’art. 
Face à cette masse de peinture, la possibilité de peindre m’apparut compromise. 
Pour me l’approprier, je l’ai copiée ; pour m’en débarrasser, je l’ai détruite.
De la destruction, apparaissaient de nouvelles taches de couleur, de nouvelles formes 
que je ne pouvais détacher du paysage. 
Ainsi, le paysage est devenu l’outil privilégié de la possibilité de peindre. 
Mais la peinture n’était pas encore totalement possible. 
Il me fallut apprendre le temps de la peinture, un temps qui n’appartient qu’à elle, 
qui échappe aux rythmes citadins, aux calendriers Romains et aux révolutions solaires. 
Il fallut aussi l’éloignement, celui de l’enfance mais aussi celui de la culture, plonger dans un lieu 
où mon langage devenait inutile.
Il fallait comprendre la nécessité de peindre qui pousse à inventer un langage impossible. 
Faire le deuil de la pensée linéaire et comprendre les mécanismes de la pensée frontale. 
Alors seulement, la peinture, lentement, m’est devenue familière. 
Chaque jour, une tâche me renseignait sur ma recherche. 
Comprendre que, derrière l’horizon, ne se cachait pas le territoire que je convoitais, 
mais bien le mystère de la peinture. 
Souvent je me suis interrogé sur cette discipline étrange qui combine en son coeur des désirs vaniteux 
et des envies existentielles. 
Comprendre enfin que tout est possible et faire l’humble apprentissage de la liberté. 
La possibilité de peindre s’étend au-delà de l’atelier ; c’est le spectateur qui la sollicite et la questionne. 
La peinture est un outil traditionnel souvent remis en cause par la modernité. 
Dans le monde contemporain, la peinture apparaît anachronique et on oublie souvent 
qu’elle est intemporelle. 
Maintenant que la peinture devient possible, vient le temps du plaisir de peindre.
Et peut-être un jour celui de la détruire. 
Aujourd’hui s’achève le temps de la possibilité de peindre, commence celui du plaisir de peindre. »

Olivier Masmonteil - août 2012

Olivier Masmonteil Crédit photo: Julie Ansiau





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