# 7 • CHRIST PANTOCRATOR • This icon is taken from the church of "St. Theodore", Castle, Berat • Le geste du Christ et les mudras du Bouddha• Albanie • L'Œil écoute, Ainsi Parlait l'Art
Le geste du Christ et les mudras du Bouddha
Une icône retient particulièrement l'attention au musée Onufri, un Christ Pantocrator anonyme du XVIIe siècle : la main levée en bénédiction n'est pas un geste générique. L'index tendu et le majeur fléchi dessinent un I et un C • IC, abréviation grecque
de Jésus ; le pouce croise l'annulaire en X, et l'auriculaire replié forme un second C • XC, pour Christ.
La main entière écrit ainsi, en silence, le nom du Sauveur, tandis que le rond formé par le pouce et l'annulaire symbolise, disent les Pères de l'Église, l'union des deux natures du Christ.
Une question s'impose, familière à qui a voyagé en Asie : ce geste ne ressemble-t-il pas aux mudras du Bouddha ? La parenté est réelle.
Une question s'impose, familière à qui a voyagé en Asie : ce geste ne ressemble-t-il pas aux mudras du Bouddha ? La parenté est réelle.
Le vitarka mudra, geste bouddhiste de l'enseignement, joint lui aussi le pouce à un doigt, l'index le plus souvent, pour former exactement le même cercle fermé.
Sa signification n'est pas identique à celle du geste christique, mais elle procède
de la même logique symbolique : le cercle sans interruption y figure un flux ininterrompu de sagesse, la transmission parfaite et continue du dharma, l'enseignement du Bouddha.
D'un côté, le cercle scelle l'union des deux natures du Christ ; de l'autre, il scelle
la continuité de la parole enseignée; mais dans les deux cas, c'est le même principe :
la boucle fermée comme signe visuel de perfection, de plénitude, de ce qui ne souffre aucune rupture.
L'autre parallèle, plus large, concerne le geste de la main droite levée, paume tournée vers l'extérieur, qu'on retrouve aussi bien chez le Christ bénissant que dans l'abhaya mudra bouddhiste: le mudra de la protection et de l'absence de crainte.
L'autre parallèle, plus large, concerne le geste de la main droite levée, paume tournée vers l'extérieur, qu'on retrouve aussi bien chez le Christ bénissant que dans l'abhaya mudra bouddhiste: le mudra de la protection et de l'absence de crainte.
Dans les deux traditions, ce geste rassure : il dit au fidèle qu'il n'a rien à redouter.
Les historiens de l'art y voient d'ailleurs une racine commune bien plus ancienne que les deux religions elles-mêmes; la paume ouverte, sans arme, comme signe universel de paix, que chaque tradition a ensuite codifiée et figée dans son propre vocabulaire sacré.
Là où les deux gestuelles divergent, c'est dans leur grammaire.
Là où les deux gestuelles divergent, c'est dans leur grammaire.
La main du Christ fonctionne comme un monogramme : elle épelle littéralement
des lettres, IC XC, le nom du Sauveur inscrit dans l'espace.
Les mudras, eux, n'épellent rien.
Ils rejouent un instant précis de la vie du Bouddha : le vitarka rappelle son premier sermon à Sarnath, le bhumisparsha (la main touchant la terre) rappelle l'instant
de l'Éveil, où il prend la terre à témoin de sa victoire sur Mara.
D'un côté, une écriture ; de l'autre, une mémoire gestuelle rejouée.
Deux grammaires du sacré, mais la même intuition : que la main, à elle seule,
peut porter tout un dogme sans un mot.
Un dernier détail, tant qu'on y est : certains historiens de l'art notent que le geste
Un dernier détail, tant qu'on y est : certains historiens de l'art notent que le geste
de la main droite du Christ dans le Salvator Mundi de Léonard de Vinci ressemble davantage à un ardhapataka, un mudra de protection d'origine indienne,
qu'à une bénédiction chrétienne classique; signe que ces vocabulaires gestuels,
nés à des milliers de kilomètres l'un de l'autre, ils ont fini par se croiser sur la route
de la soie, bien avant qu'on les regarde côte à côte comme ici, à Berat.



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