SUZANNE TARASIEVE · Nina Mae Fowler · Celluloid Studio 07 février – 29 mars 2026 · Texte d' Emma Forrest Écrivaine et réalisatrice · Cette exposition a été rendue possible grâce au soutien de Stonehurst Cottage à Norfolk · Press Release


 Quand je regarde les photographies des stars de l'âge d'or d'Hollywood prises par des papazazzi dans des moments de déclin ou d'humiliation, je pense à des fresques religieuses abîmées par des fidèles maladroits. Malmené, le Christ ressemble à un singe et la Vierge Marie à une candidate de téléréalité. Ces fresques abîmées (tout comme les images crues des célébrités) consternent leurs admirateurs, car chacun sait que ce n'est pas à ça que le Christ, Marie ou Judy Garland doivent ressembler, si nous voulons pouvoir projeter nos rêves sur eux.

J’ai compris cela en visitant cette exposition. En observant l'œuvre de Nina Mae Fowler, 
j'ai compris que ce qui m'avait émue, c'était sa restauration minutieuse de ces figures sacrées profanées par d’autres. C'est là le cœur du travail de Fowler : son crayon détecte l'essence même de la personne, celle qui a toujours été là, l'âme authentique qui subsiste aux difficultés de la vie. Si les couvertures du National Enquirer dépeignent une sorte de « syndrome d'enfermement », Nina Mae Fowler en est la traductrice. Avec un crayon et une feuille 
de papier, elle éclaircit les voix altérées par la Dexedrine prescrite dans l'enfance, par l'alcool consommé pour lutter contre le trac, ou par le poids des contrats imposés par les studios. 
Elle parle aussi bien pour les personnes représentées que pour elle-même ; son œuvre est à la fois biographique et autobiographique. Craignez-vous de devenir fou ? De l'avoir déjà été ? D'être désormais domestiqué, mais qu'existe dans votre esprit une trappe par laquelle vous pourriez de nouveau tomber ? C'est le cas de l'artiste, tout comme de son spectateur idéal.

« Il est clair pour moi que je m'identifie à mes sujets », explique Fowler, « c'est la même partie de moi qui dessinait ses idoles à l'âge de 10 ans, par pure admiration, qui continue de le faire 34 ans plus tard. Mais ma motivation s'est chargée d'expérience et de temps. » 

Ses œuvres renvoient au sentiment éprouvé au Mexique lors de la traditionnelle fête des morts, le seul moment de l'année où le voile entre les défunts et les vivants est suffisamment fin pour que ces derniers soient entendus par ceux qui les regrettent.

Il y a quelques années, lors d'une visite au Wheelwright Museum of the American Indian, 
à Santa Fe, j'ai découvert, avant d'entrer dans la section consacrée au peuple Navajo, 
une note du Conseil navajo indiquant que ces pièces n'étaient pas destinées à être vues, 
que les Navajos ne souhaitaient pas que l'on voie leurs artefacts et que si on choisissait 
de le faire, c'était à nos risques et périls. 
Parce que l'exposition « Celluloid Studio » est incroyablement vivante, empreinte de fureur 
et de résilience, le travail de Fowler inspire le même sentiment de danger. 
Avez-vous le courage de regarder avec elle l’être entier, pas seulement sa surface brillante ?

La plus grande image présentée ici est celle de l'actrice rebelle Susan Tyrell. 
Elle occupe tout un mur, large de 3 mètres. Susan Tyrell fut nominée pour l'Oscar 
de la meilleure actrice en 1972 pour son rôle dans La Dernière chance de John Huston. 
Elle s'est enfuie presque immédiatement après la cérémonie des Oscars pour se réfugier 
au Maroc pendant près de deux ans, loin des projecteurs, « gâchant » ainsi sa popularité. 
Ce n'est que plus tard, en 2000, qu'elle a révélé publiquement la dynamique de pouvoir 
qui existait entre elle et le réalisateur, et les abus sexuels commis pendant le tournage.

La juxtaposition des dessins dans l’ espace de l’exposition invite à un dialogue 
entre les générations, confirmant la persistance de thèmes chers à l’artiste : la féminité 
et la souffrance. Sur l'un des murs, un dessin s'inspire d'une photographie des sœurs Hemingway, prise par un paparazzi dans les années 1970. Les sœurs s'entendaient mal. 
Mariel était alors en pleine ascension tandis que Margaux déclinait, victime de l'alcoolisme.
Le dessin fait écho à un autre, représentant Gail Russell, starlette de la Paramount 
dans les années 1940, morte à 36 ans d'une intoxication alcoolique. Russell se mit à boire 
pour surmonter son trac et son manque de confiance en elle. Le dessin représente 
son arrestation à l'été 1957 pour conduite en état d'ivresse. 
La minutie du travail de Nina Mae Fowler invite le spectateur à compatir à sa fragilité 
et à sa peine et, il me semble, lui rend sa dignité.

Une conversation se tisse invariablement entre le moment représenté et la façon 
dont il est retranscrit. Les moments d'impulsivité débridée sont rendus avec minutie 
par l'artiste, dont les crayons sont consumés par l'attention portée aux détails et les gommes noircies par leur usage intensif. Nina Mae Fowler connaît la fonction de chaque morceau 
de gomme découpé et déformé. Sa transmutation des cuisantes erreurs commises 
par les célébrités est comparable aux efforts que l'on déploie pour surmonter un sentiment déplaisant. Si les personnes fréquemment condamnées pour conduite en état d'ivresse 
n'y arrivent pas toujours, une artiste isolée dans son atelier, à des décennies et à des kilomètres de là, peut le faire à leur place.

L'un des motifs récurrents qui me touche le plus, dans les œuvres de Nina Mae Fowler, 
est lorsqu’elle s’attache à représenter des personnages incroyablement gracieux surpris 
dans un moment de maladresse. Ici, Noureev danse maladroitement avec Sybil Burton. 
Le danseur, en plein mouvement, semble presque ridicule. Se pourrait-il donc que ce soit 
elle la star de ce portrait ? La première femme rejetée d'un génie tombé amoureux 
d'une véritable star de cinéma, ayant projeté ses rêves sur une personne difficile et obtenu l
a plus haute récompense, sous les applaudissements du monde entier ? Elle ? 
Quand j'observe Sybil Burton ici, dans sa vie après le divorce, devenue propriétaire d'une boîte de nuit renommée, je ne peux m'empêcher de me demander : est-on sa propre récompense ? 
Le suis-je ? C'est là une œuvre réconfortante et pleine d’humour.

Lorsqu'on regarde Noureev, on ne peut s'empêcher de sourire : que fait un danseur exceptionnel lorsqu'il n'est pas sur scène ? Passons maintenant à la représentation de Mikhaïl Barychnikov et de Liza Minelli au Studio 54. Les deux amants ne se parlent pas, mais se regardent, posant comme les femmes dans les clips d'Abba. 
Fowler sourit : « Il y avait peut-être des substances chimiques en jeu. »

Je remarque qu'elle a conservé dans le cadre les noctambules qui se trouvaient par hasard 
ce jour-là dans le club. Elle explique qu'ils sont là parce que « les personnes à l'arrière-plan 
des photos nous représentent et magnifient les dieux. 
Sur le plan de la composition, je les apprécie également. Je pourrais les masquer, 
mais alors il ne resterait plus que la relation entre les deux stars. 
Les autres figures apportent du contexte. »

De là, allez au portrait des danseurs de salon pris en coulisses, et vous penserez à la photo d'Avedon montrant Marilyn Monroe, immortalisée sur la pellicule, qui ne pose pas pour l'appareil photo, le regard lointain, les seins pesant lourdement sur son vêtement pailleté. 
(Au sujet de Monroe : Nina Mae Fowler a un jour fabriqué un cadre inspiré d'un plateau chirurgical pour y accrocher un dessin représentant le moment où la star est sortie de l’hôpital après une grossesse extra-utérine). Les cadres revêtent une importance capitale pour elle, 
au même titre que le dessin lui-même. En effet, le contexte est primordial. 
Explorant les caractéristiques de la matière, chaque dessin est encadré avec des panneaux 
de verre peints de la couleur du film celluloïd (une collaboration avec son mari, Craig Wylie).
« Il a prouvé que cette couleur ne pouvait être obtenue qu'avec la profondeur des pigments contenus dans la peinture à l'huile ».
Elle explique que « le celluloïd est combustible, difficile à travailler, coûteux à produire et devient cassant avec le temps... une métaphore parfaite pour mes sujets ».

Une grande partie des images utilisées par Nina Mae Fowler provient de ses vastes recherches dans les archives cinématographiques et photographiques (elle a notamment eu l’opportunité d'avoir accès aux lettres de Marlene Dietrich à son petit-fils). Il lui est aussi arrivé de trouver des images intéressantes sur les marchés aux puces.
Dans une brocante, elle a ainsi déniché une collection de photographies promotionnelles 
dont elle ne savait d’abord pas trop quoi faire. Elle les a stockées dans son abri de jardin, 
où elles se sont détériorées sous l’effet de l'humidité. Elles ont désormais trouvé leur place dans cette exposition sous la forme de petits encarts publicitaires, conservés dans leur état 
de détérioration, ruinés dans leur splendeur, à l'image de l'élégante décadence du reste 
de l’œuvre.

« Le plus important lorsque je choisis une image, c'est d’avoir vraiment envie de la dessiner. Beaucoup sont des images qui m'accompagnent depuis longtemps. »
 
Elle apprécie particulièrement le défi posé par certains tissuset matières, c'est pourquoi l'image de Marlene Dietrich (vers qui elle revient souvent) est ici vêtue de cuir. Ses images sont créées à 50 % à l'aide des crayons et à 50 % avec les gommes. Les crayons sont comme un clavier; 
ils sont organisés du plus dur (qui est aussi le plus foncé) au plus clair, et toutes les gommes sont découpées et ont des fonctions différentes. 
« Je les connais toutes intimement.  Elles font tous autant de travail que les crayons. 
C'est une question de pratique,  comme un musicien qui connaît si bien son instrument 
qu'il sait l'effet qu'il va produire. »

La tête me tourne quand je pense à l'effort physique colossal déployé pour chaque portrait. Transpirer permet d'équilibrer les substances chimiques dans le cerveau, et je me demande si, contrairement au cliché de « l'artiste fou », représenter des personnes vivant à la limite 
de la folie ne permet pas à Nina Mae Fowler de préserver sa propre santé mentale.

Peu de temps avant de me rendre dans son atelier, à Norfolk, je m'étais rendue pour la première fois à Amsterdam pour visiter le refuge d'Anne Frank. J'avais été frappée de voir que, dans la minuscule pièce qu'elle partageait avec un dentiste d'âge mûr, elle avait collé, 
au-dessus de son lit, des photos de stars de cinéma. 

Ces images de célébrités l'apaisaient-elles, même lorsqu'elle guettait le bruit des bottes militaires, ces idoles avait-elle fonction de... la protéger ? D'offrir une issue ? 
D'être des témoins ?

Titulaire d'un diplôme de beaux-arts et de sculpture de l'université de Brighton, Nina Mae Fowler a peut-être été (son talent mis à part) prédestinée à devenir artiste en raison de son nom, qui évoque une star hollywoodienne de l'âge d'or, venue de loin avec un cœur pur, 
et à qui un directeur de studio aurait donné pseudonyme et névrose. Cependant, ce n'est pas seulement le glamour du vieux Hollywood que l'on perçoit dans son œuvre. 
Qui affirmerait cela aurait pour le moins mal compris la nature de son travail. 
J'ai l'âge de l'artiste et je me souviens, enfant, avoir adoré Madonna tout en étant consciente qu'il ne s'agissait que de glamour. Mais quand je regardais Cyndi Lauper, en revanche, 
je pouvais distinguer les différents tissus et textures qu'elle portait, voir que certains 
de ses vêtements étaient confortables, d'autres rugueux, que certains la faisaient transpirer, 
ou avaient l'odeur de la naphtaline, et je pouvais voir que sa danse effrénée faisait couler
sa teinture fluorescente. Tout cela m'inspirait, parce que c'était réel ; c'était une personne humaine à laquelle je pouvais m ’identifier.

Nina Mae Fowler est heureuse d'exposer de nouveau en France, où elle a présenté pour la première fois son travail à Lyon en 2009, avec une reproduction grandeur nature du dessin montrant les funérailles de Rudolf Valentino. Elle sent que son travail est ici bien compris. 
« [Les Français] apprécient le cinéma d'une manière différente, ainsi que les visages 
et le mélodrame ».

« Celluloid Studio » est composé de 24 dessins encadrés ; les cadres étant accrochés côte 
à côte, comme sur les murs d'un restaurant italien célébrant les visages illustres 
d'un Hollywood révolu. 
« C'est un sujet sur lequel mon travail est souvent associé, à tort. Je me suis penché sur cette confusion ».
Il y a 24 images, car 24 images par seconde est la fréquence d'images standard de la plupart des films — fréquence obtenue en affichant 24 images fixes distinctes pour chaque seconde 
de film, ce qui est suffisamment rapide pour que l'œil humain les perçoive comme un mouvement continu et fluide. 
Fowler ajoute : « Si des fréquences d'images plus élevées offrent une image plus réaliste 
et plus vivante, 24 images par seconde apportent une qualité onirique à l’image 
en mouvement, que le public associe désormais à la narration cinématographique. »

L'un de ses collectionneurs est le célèbre directeur de la photographie Seamus McGarvey.
Connu pour son travail avec des réalisateurs tels que Lynn Ramsey ou Joe Wright, il considère Nina Mae Fowler comme une véritable visionnaire : 
« J'adore la frontière ténue entre sa dépiction de l'éclat des stars de cinéma, leurs rêves dorés 
et scintillants et leurs déceptions solitaires. »

Chacun d'entre nous porte ses épreuves sur son visage : nos divorces, nos problèmes de santé, nos luttes pour être à la fois parents et exceller au travail, nos chagrins d'amour, nos déceptions professionnelles et notre solitude. Ces épreuves sont plus visibles chez les stars de cinéma, 
car la scène sur laquelle elles évoluent est tout simplement plus prestigieuse et plus médiatisée que la nôtre.

On peut soutenir que les photos choquantes qui font la couverture du National Enquirer ne sont pas le fruit du travail d'un fidèle malavisé, mais relèvent plutôt d'un art alternatif que les anciennes stars suscitent elles-mêmes.
Sur le mur du studio de Fowler est accrochée une couverture tristement célèbre d'un tabloïd datant de 2010, sur lequel plusieurs stars en disgrâce sont présentées sous le titre : « Qui mourra en premier ? Découvrez-le à l'intérieur ! » Cette couverture bafoue à la fois la dignité et l'effet de surprise (en effet, la chose la plus grossière que l'on puisse dire à propos de la mort de quelqu'un est : « Je vous l'avais bien dit »). En face, en dessous, à côté et malgré tout, 
sont accrochées les travaux témoignant de l’entreprise de restauration méticuleuse 
et généreuse de Nina Mae Fowler.

Emma Forrest

Écrivaine et réalisatrice, Emma Forrest a publié cinq romans et deux mémoires salués 
par la critique. Elle a développé de nombreux projets de cinéma et de télévision 
avec des sociétés telles que BBC Films, Film4 et BBC America. Elle vit et travaille
actuellement à Londres, collabore régulièrement à The Sunday Times et The Guardian, 
tout en développant des séries destinées à la télévision et au cinéma.

Cette exposition a été rendue possible grâce au soutien de Stonehurst Cottage à Norfolk

Galerie Suzanne Tarasieve 
7 rue Pastourelle 75003 Paris
+33 (0) 1 42
Tues. – Sat. • 11 am - 7 pm & by app. 
@: info@suzanne-tarasieve.com
suzanne-tarasieve.com

Ainsi Parlait l' Art. L' Art Universel.
L' Art Sacré.
L' Art Singulier, d' Ici et d'Ailleurs. 
L'Art de Marque Qui se Démarque.
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